Racisme et Histoire: Le Tabou

La société Francaise souffre d'amnésie. Elle se refuse à reconnaitre les périodes peu glorieuses de son histoire durant lesquelles l'esclavagisme et le colonialisme ont été justifiés par un racisme institutionnel. Ces périodes sont révolues, mais mal assumées, formant ainsi un bon terreau pour permettre au racisme institué à l'époque de survivre sous d'autres formes.

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Marié a une femme noire depuis bientot 20 ans, père d'enfants metis, je suis de plus en plus inquiet face aux non-dits de notre société occidentale. Admettre et reconnaitre notre histoire dans ses composantes les moins glorieuses serait enfin admettre qu'etre Francais, ce n'est plus seulement etre un descendant des gaulois. Nous pourrions rendre leur dignité a celles et ceux qui se sentent exclus.

Le coin des compteurs
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19 décembre 2008

174 – Lettre à Gaston Kelman

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Vendredi 19 décembre 2008

En novembre dernier, j’ai rencontré Gaston Kelman au salon du livre de Romans/Isère : Romans à Romans. Nous avons discuté un bon moment et échangé des souvenirs du Cameroun.
J’avais lu son premier livre « Je suis noir et je n’aime pas le manioc » et viens d’achever la suite « Au-delà du noir et du blanc » qu’il a eu la gentillesse de me dédicacer.

Ce dernier livre est en totale osmose avec tous les idéaux défendus sur ce blog, depuis sa création. C’est une mine de sujets traités avec humour et beaucoup de recul. Je conseille sa lecture sans modération.

Malheureusement, j’ai oublié d’échanger un contact, une adresse email, avec Gaston Kelman. Je me retrouve ainsi frustré car j’aurais beaucoup aimé pouvoir prolonger notre échange sur le sujet de son bouquin. Google ne m’a pas vraiment aidé.

Alors, si vous lisez ce billet, Gaston, sachez que je serais enchanté de pouvoir trouver un lien, ne serait-ce qu’au travers d’un petit commentaire ou d’un email.

Mais aussi si vous, visiteur, avez une piste pour contacter Gaston, je vous remercie aussi de la partager avec moi.

En attendant que cette bouteille à la mer échoue enfin, je vous souhaite à tous de très bonnes fêtes de fin d’année.




Titophe


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06 novembre 2008

171 – Obama : Le temps des questions, et du réveil!

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Jeudi 6 novembre 2008


Obama a gagné, il est président des Etats Unis. Mais le caractère évènementiel et historique de cette élection est mondial. Pour la première fois de l’histoire, une personne apparentée aux laissés pour compte de l’humanité s'est hissée au sommet, considéré jusqu’alors comme inatteignable.

Cet évènement crée des attentes. Celles-ci ne seront pas satisfaites par Obama car, encore une fois, il est le président des américains. Point barre.

C’est maintenant au reste du monde de prendre le relais, ou de le laisser filer. L’occident, jusqu’alors défini comme l’ensemble des peuples de l’Europe et de l’Amérique du nord se trouve transformé dans sa symbolique par cet événement. Une partie de cet occident vient de franchir un cap, alors que le reste va maintenant concentrer tous les griefs de cette «haine» dont nous parle Ziegler.

La balle est donc dans le camp Européen, et la France un des épicentres majeurs.

La France n’est pas l’Amérique.
La population française n’a pas la même histoire que la population américaine. Les flux d’immigration sont différents et les liens des français issus de l’immigration avec leurs pays d’origines sont forts. Les noirs américains se contentent d’une politique intérieure plus juste, alors que les noirs français sont très sensibles au rééquilibrage des relations extérieures. Les attentes sont donc non seulement différentes, elles sont encore plus fortes.

Zébu, dans son excellent blog de citations, a posté il y a quelques jours celle-ci de Boris Cyrulnik :
Le déni, qu'il soit mental ou physique, est un mécanisme de défense qui permet de moins souffrir en s'adaptant à un réel incohérent. Mais ce facteur de protection empêche la résilience quand il freine la recherche de sens.

Bien entendu, j’élargis le contexte de l’individu à la société, mais je pense que cela reste vrai. Les laissés pour compte de notre société, descendants de colonisés, issus de pays encore noyés par l’humiliation, sont en attente de résilience. Seul ce mécanisme permettra de sortir du communautarisme sordide d’aujourd’hui. Cette résilience nécessite que le déni de leurs souffrances cesse, que tous nous reconnaissions celle-ci comme un fait indiscutable et sans développer une quelconque culpabilité par cette reconnaissance. Alors, une fois cette reconnaissance effectuée, l’Obama bien de chez nous pourra émerger, la Haine que nous engendrons pourra s’atténuer, les injustices que nous exportons pourront cesser.

…du temps, nous n’en avons plus beaucoup. Obama sera-t-il l’aiguillon nécessaire? Il serait pourtant sage de se réveiller.

Titophe



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21 mai 2008

155 - Quand l'Afrique s'éveille...

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Mercredi 21 mai 2008

Pour redonner vie à ce blog, je relaye aujourd'hui encore un article de presse qui m'interpelle par son optimisme. Celà fait du bien. Cet article a été trouvé sur le site du journal Le Point

L'éditorial de Claude Imbert - Quand l'Afrique s'éveille...

Entre la France et l'Afrique, c'est, dit-on, le désamour. Mais où donc était l'amour ? Amour, l'esclavage, la colonisation ? Amour, les intermittences d'humeur d'une tutelle coloniale qui fut à la fois prédatrice et humanitaire, profiteuse et normative ? Amour, la férule du gaullisme postcolonial lorsque « papa de Gaulle » gourmandait la chefferie de l'Union française ? Vous plaisantez !

Devant cette image dégradée de la France en Afrique-que confirment une quarantaine de nos ambassadeurs (1)-, on perd son temps à décrypter tous les aléas de notre politique accusée d'en faire trop... ou pas assez. Le prétendu « désamour » vient de plus haut et de plus loin : l'Afrique liquide quelques siècles de soumission. Une nouvelle génération d'Africains accomplit la « mort du père », la mort du parrainage colonial et postcolonial. Elle fait sonner, à tous vents, ses chaînes déliées.


La France n'a jamais bien compris la souffrance d'une Afrique « déshéritée ». Déshéritée certes dans son climat, ses endémies, sa géographie, mais tout autant dans son histoire. Nous n'avons jamais pris la cruelle mesure d'une double mutilation. Celle de l'esclavage-tant occidental qu'arabe. Celle de la colonisation lorsque, il y a plus d'un siècle, nos messieurs en jaquette découpaient leur butin de déserts et savanes sur les tapis verts de Paris, Londres ou Berlin, en biffant des royaumes défaits, des ethnies ignorées...

Ce que la jeune Afrique nous demande, aujourd'hui, c'est de cesser de croire-par illusion postcoloniale-à l'exemplarité de notre modèle démocratique. Veut-elle notre repentance ? Non ! L'Afrique a mieux à faire-et nous aussi-que de nous voir battre notre coulpe sur celle de nos aïeux. Ce qu'elle magnifie à grand bruit, c'est la fierté reconquise d'une masse d'hommes, jadis infériorisés, avec leurs cultures propres, leur vision de la fratrie, de la vie et de la mort, et qui furent précipités sous la tutelle de l'homme blanc, de son ingéniosité scientifique et technique. Mieux que les Indiens décimés d'Amérique, l'homme noir aura survécu. Il s'approprie peu à peu-et comme toute l'Asie-le savoir-faire occidental. Mais il ne liquidera plus sa différence. Apprenons à regarder cette nouvelle Afrique au fond des yeux : elle ne les baissera plus.

Chassons, par exemple, cette idée datée, odieuse-et qui rôdait encore vaguement dans notre discours présidentiel de Dakar-que l'histoire des hommes appartint tout entière à ceux qui, pour quelques siècles, en tenaient le gouvernail et nullement à ceux qui croupissaient à fond de cale. Aujourd'hui, le monde noir-Afrique, Caraïbes, Amérique-fête la fin de cet enfouissement. Il fait de sa libération le mythe fondateur de sa renaissance. De même que la Révolution de 1789 devint le mythe fondateur d'une nouvelle France, de même l'Afrique sacralise sa rupture. Pourquoi le tyran Mugabe, obstiné despote, conserve-t-il l'indulgence de ses pairs d'Afrique ? Parce qu'il fut avec Nkrumah une des grandes figures fondatrices de la Libération. Pourquoi Aimé Césaire, descendant d'esclaves de la Martinique, est-il encensé dans toute l'Afrique ? Parce qu'il apparaît, plus que Senghor, comme le chantre vraiment rebelle de la négritude. Désormais, un rêve panafricain germe dans les jeunesses noires, avec son cortège fantasque d'utopies. Mais sous leur confuse rumeur une nouvelle Afrique bouge et s'étire.


Avec ses 800 millions d'hommes, l'Afrique n'en a pas fini avec ses misères climatiques, ses famines, ses conflits ethniques et la corruption de ses caciques. Mais, avec un taux moyen de croissance de 4 %, elle quitte les gouffres. Elle aligne encore des lanternes rouges de la détresse mondiale, mais aussi de nouveaux champions, dopés, entre autres, par le boom pétrolier.

Dans une mondialisation qui rebat bien des cartes, la France conserve un atout majeur : sa langue, et une rare expertise du continent. Nous devons défendre nos intérêts sans hauteur ni complexes, contre des concurrences nouvelles, dont la Chine, omniprésente. Déjà, nous commerçons plus avec l'Afrique anglophone qu'avec le prétendu pré carré de l'Afrique francophone. Une manière de tourner la page !

Si des vestiges de la « Françafrique » nous conservent, ici ou là, des fidélités profitables, tant mieux ! Pourquoi jeter ces bébés avec l'eau du bain où nous avons baigné ? Ce qu'il faut évacuer, c'est l'eau du bain. On disait, il y cinquante ans, l'Afrique mal partie. En fait, elle n'était pas du tout partie. Aujourd'hui, elle part, appareille, s'arrache à nos anciens parapets... Bon vent ! §

1. Le Monde, 27 et 28 avril 2008.


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20 mai 2008

154 - "L'Afrique est ruinée ? La Chine est preneuse"

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Mardi 20 mai 2008

J'ai trouvé aujourd'hui un dossier très intéressant sur le site du Monde. Je me permets de le relayer car il traite d'un sujet qui mérite d'être développé. Le livre qui sort aujourd'hui semble prometteur.

Article long mais captivant:

"L'Afrique est ruinée ? La Chine est preneuse"

Le dernier acte de la mondialisation se joue loin des yeux occidentaux. Ses acteurs ? Des milliers de migrants chinois qui s'installent partout en Afrique pour construire, produire et commercer. Serge Michel et Michel Beuret, avec le photographe Paolo Woods, sont allés à leur rencontre. Nous publions des extraits du prologue de leur livre, qui paraît mardi 20 mai. La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir, photographies de Paolo Woods. © Editions Grasset & Fasquelle, 2008.

"Ni hao, ni hao."
Nous marchions depuis dix minutes dans cette rue de Brazzaville quand une joyeuse pelote de petits Congolais s'est arrêtée de courir après un ballon pour nous saluer. Les Blancs, en Afrique, ont l'habitude des "hello mista !", des "salut toubab !" ou des "Monsieur Monsieur !". Mais ces enfants, alignés et souriants au bord de la rue, ont enrichi le répertoire. Ils ont crié "ni hao, ni hao", bonjour en chinois, avant de reprendre leur jeu. Pour eux, tous les étrangers sont chinois.

Quelques centaines de mètres plus loin, une société chinoise était en train de construire le nouveau siège de la télévision nationale congolaise, un bâtiment de verre et de métal comme tombé du ciel dans ce quartier populaire. Et à l'entrée de la rue, cette même société érigeait une villa somptueuse pour un membre du gouvernement, sans doute en remerciement de l'attribution du chantier de la télévision. En ville, d'autres compagnies chinoises mettaient la dernière main au nouveau ministère des affaires étrangères et de la francophonie et bouchaient les trous d'obus dans les bâtiments touchés par la guerre civile.

A 2 250 km au nord-ouest de là, dans la banlieue de Lagos, au Nigeria, l'usine Newbisco passait pour une malédiction. Fondée par un Britannique avant l'indépendance de 1960, cette unité de production de biscuits secs a changé souvent de mains, aucun propriétaire n'étant capable de la tenir à flot dans un pays où les exportations pétrolières et la corruption étouffent toute autre activité économique. En 2000, son avant-dernier patron, un Indien, a revendu Newbisco en état de ruine à l'homme d'affaires chinois Y. T. Chu. Lorsque nous sommes entrés dans l'usine, un matin d'avril 2007, une odeur de farine et de sucre flottait dans l'air. Les tapis roulants charriaient chaque heure plus de trois tonnes de petits biscuits aussitôt emballés par des dizaines d'ouvrières. "Nous couvrons à peine 1 % des besoins du marché nigérian", a dit Y. T. Chu en souriant. Les reporters rentrent souvent d'Afrique avec des histoires dramatiques d'enfants affamés, de conflits ethniques et de violences incompréhensibles. Nous avons bien sûr été témoins de tout cela lors de nos reportages en Afrique ces dernières années, mais, cette fois, au moment de commencer la rédaction de ce livre, ce sont les images d'une Afrique nouvelle qui nous passent devant les yeux : les enfants de Brazzaville qui saluent en chinois, l'usine de biscuits de Lagos ou encore l'autoroute construite au Soudan, que nous avons empruntée à l'été 2007.

Nous roulions depuis deux heures entre Khartoum et Port-Soudan lorsqu'un passage du livre de Robert Fisk nous est revenu en mémoire. En 1993, c'est dans un village à gauche de cette route que le reporter britannique avait rendez-vous avec Oussama Ben Laden, réfugié au Soudan après avoir appelé à la guerre sainte contre les Américains en Arabie saoudite. Pour remercier ses hôtes soudanais, il a expliqué à Fisk qu'il allait construire une nouvelle route de 800 km entre la capitale et le grand port. En 1996, le terroriste est obligé de fuir à nouveau, cette fois en Afghanistan, où il a développé d'autres projets que le génie civil. Qui allait terminer son chantier ? Les Chinois. Ils prévoient même de le doubler d'une voie de chemin de fer. Arrivées massivement dans le pays dès le milieu des années 1990, les entreprises chinoises y ont déjà investi 15 milliards de dollars, en particulier dans les puits de pétrole qui fournissent aujourd'hui à la Chine jusqu'à 10 % de ses importations.

Pendant plus d'un an, nous avons parcouru des milliers de kilomètres et visité quinze pays pour raconter ce que la Chine fait en Afrique. L'idée nous trottait dans la tête depuis un certain temps, mais elle s'est imposée lors d'une rencontre impromptue avec Lansana Conté, le président de Guinée, à la fin octobre 2006. Cela faisait une dizaine d'années qu'il n'avait pas parlé à la presse étrangère. Pourquoi accepter de nous voir, ce jour-là, dans son village natal, à trois heures de la capitale, Conakry ? Peut-être le besoin de prouver qu'il était encore vif, alors qu'on le disait à l'agonie et que le pays se laissait gagner par le chaos. De fait, la discussion fut assez sombre, malgré le décor ravissant de sa grosse villa donnant sur son lac privé. Le président a traité la plupart de ses ministres de "voleurs" et fustigé les Blancs "qui n'ont jamais cessé de se comporter en colons". Il a fait l'éloge d'une Guinée agricole et a paru accablé par la découverte off-shore de gisements pétroliers qui, à son avis, feront de la Guinée un pays plus corrompu encore.

Une seule fois, le visage présidentiel s'est éclairé : lorsque la discussion a glissé sur les Chinois. "Les Chinois sont incomparables !" s'est exclamé le vieux général. Au moins, ils travaillent ! Ils vivent avec nous dans la boue. Il y en a qui cultivent, comme moi. Je leur ai confié une terre fatiguée, vous devriez voir ce qu'ils en ont fait !"

La présence de Chinois en Afrique n'est plus une surprise. Ces quatre ou cinq dernières années, nous les avions vus progresser un peu partout lors de nos reportages en Angola, au Sénégal, en Côte d'Ivoire ou au Sierra Leone. Mais le phénomène a changé d'échelle. Tout se passe comme s'ils avaient d'un coup décuplé leurs efforts au point de pénétrer l'imaginaire de tout un continent, du vieux président guinéen, qui ne voyage plus que pour se faire soigner en Suisse, aux petits Congolais trop jeunes pour distinguer un Européen d'un Asiatique.

En quelques années, la Chine en Afrique est passée de sujet pointu pour spécialistes en géopolitique à un thème central dans les relations internationales et la vie quotidienne du continent. Et pourtant, chercheurs et journalistes continuent de brasser les mêmes chiffres macro-économiques : le commerce bilatéral entre les deux régions a été multiplié par cinquante entre 1980 et 2005. Il a quintuplé entre 2000 et 2006, passant de 10 à 55 milliards, et devrait atteindre 100 milliards en 2010. Il y aurait déjà 900 entreprises chinoises sur le sol africain. En 2007, la Chine aurait pris la place de la France comme second plus gros partenaire commercial de l'Afrique.

Ce sont là des chiffres officiels, qui ne prennent pas en compte les investissements de tous les migrants. D'ailleurs, combien sont-ils ? Un séminaire universitaire organisé à la fin 2006 en Afrique du Sud, où la communauté chinoise est la plus nombreuse, avance le chiffre de 750 000 pour tout le continent. Les journaux africains, eux, se laissent parfois aller à évoquer "des millions" de Chinois. Du côté chinois, l'estimation la plus haute vient du vice-président de l'Association de l'amitié des peuples chinois et africains, Huang Zequan, qui a parcouru 33 des 53 pays africains. Dans une interview au Journal du commerce chinois en 2007, il estime que 500 000 de ses compatriotes vivent en Afrique (contre 250 000 Libanais et moins de 110 000 Français).

Tout ces migrants-là, comme s'ils n'étaient qu'une armée de fourmis, n'ont pas de nom, pas de visage et restent muets. Le plus souvent, les journalistes se plaignent qu'ils refusent de parler. Et le ton des articles pour les décrire est inquiet, voire alarmiste, comme si l'arrivée d'une nouvelle puissance n'était qu'une calamité de plus pour le continent noir, aux souffrances déjà infinies.

Voyons les choses d'une autre façon. L'entrée de la Chine sur la scène africaine pourrait bien représenter, pour Pékin, son couronnement de superpuissance mondiale, capable de miracles aussi bien chez elle que sur les terres les plus ingrates de la planète. Et, pour l'Afrique, cette rencontre marque peut-être le rebondissement tant attendu depuis la décolonisation des années 1960, de son heure qui sonne enfin, du dernier espoir du président guinéen mais aussi des 900 millions d'Africains, le signal que plus rien ne sera comme avant. Passons les acteurs en revue.

Les Chinois d'abord. L'histoire, telle qu'on la raconte en Occident, veut qu'ils vivent depuis des millénaires une aventure tragique, essentiellement collective et confinée à l'intérieur de leurs immenses frontières. Un jour de décembre 1978, alors que l'empire du Milieu se remettait à peine des affres de la révolution culturelle, Deng Xiaoping leur a lancé un slogan révolutionnaire : "Enrichissez-vous". Vingt ans plus tard, c'est devenu le credo d'un milliard 300 millions de Chinois et, pour une partie d'entre eux, c'est chose faite. Pour les autres, les ruraux surtout, la vie est devenue impossible. Depuis la nuit des temps en Chine, cette catégorie-là cherche à quitter sa terre pour un monde meilleur. La diaspora chinoise, dit-on, est la plus nombreuse au monde, avec 100 millions de personnes, et la plus riche. (...) Jusqu'en 2000, Pékin tentait encore de freiner le mouvement, afin de ne pas entacher l'image du régime. Aujourd'hui, il l'encourage, en particulier pour les braves qui veulent tenter leur chance en Afrique. Dans l'esprit des dirigeants chinois, et singulièrement dans celui du président, surnommé parfois Hu Jintao l'Africain, l'immigration est même devenue une partie de la solution pour faire baisser la pression démographique, la surchauffe économique, la pollution. "Nous avons 600 rivières en Chine, 400 sont mortes de pollution, affirmait un scientifique dans Le Figaro, sous couvert de l'anonymat. On ne s'en tirera pas sans envoyer 300 millions de personnes en Afrique !"

Ils sont pour l'instant des centaines de milliers à avoir fait le grand saut.

Et c'est ainsi que s'achève, dans le plus grand silence, l'une des dernières étapes de la mondialisation et la rencontre des deux cultures les plus éloignées que la terre puisse porter. En Afrique, leur nouveau Far West, les Chinois découvrent à tâtons les grands espaces, l'exotisme, le rejet, le racisme, l'aventure individuelle - voire intérieure. Ils comprennent que le monde est plus complexe que ne le décrit le Quotidien du peuple. Ces migrants-là se retrouvent tantôt prédateurs, tantôt héros de leur propre histoire, conquistadors ou samaritains. Ils ont, bien sûr, tendance à rester entre eux, à manger comme chez eux, ils ne font pas l'effort d'apprendre les langues autochtones ni même le français ou l'anglais et affichent souvent une moue de dégoût à l'idée d'épouser les coutumes locales, sans parler d'une femme africaine !

A force de s'être enfermés derrière leurs grandes murailles durant des millénaires, les Chinois auraient perdu l'envie de s'adapter aux autres civilisations ou de cohabiter avec elles. Mais aucun ne reviendra indemne d'Afrique. Leurs voyages, leurs découvertes ébranlent désormais l'inertie de la Chine autant qu'a pu le faire, dans les années 1980, sa conversion au capitalisme. Ces Chinois-là feront naître de nouvelles idées, de nouvelles ambitions.

D'ailleurs, leur gouvernement, lui aussi, change depuis qu'il a intensifié sa présence en Afrique. Très attaché à sa devise de "non-ingérence" dans les affaires intérieures, il se rend compte progressivement qu'un soutien trop affiché à certains dictateurs peut lui causer un tort considérable. C'est ainsi que Pékin, après avoir été le plus sûr allié de Khartoum ou de Harare, tente aujourd'hui de freiner l'élan guerrier du Soudan au Darfour et n'aide plus Robert Mugabe, le dictateur zimbabwéen, qu'au compte-gouttes.

L'Afrique, ensuite. Les puissances coloniales l'ont pillée jusqu'en 1960, avant de pérenniser leurs intérêts en y soutenant ses régimes les plus brutaux. L'aide, que l'on estime à 400 milliards de dollars pour toute la période 1960-2000 (400 milliards, c'est l'équivalent du PNB de la Turquie en 2007, mais aussi des fonds que l'élite africaine aurait cachés dans les banques occidentales), n'a pas produit l'effet escompté et aurait même, selon une théorie en vogue, empiré les choses. Il n'empêche, l'Afrique n'a survécu que grâce au sentiment de culpabilité des Occidentaux, qu'elle a fini par décourager. En faisant échouer tous les programmes de développement, en restant la victime éternelle des ténèbres, des dictatures, des génocides, des guerres, des épidémies et de l'avancée des déserts, elle se montre incapable de participer un jour au festin de la mondialisation. "Depuis l'indépendance, l'Afrique travaille à sa recolonisation. Du moins, si c'était le but, elle ne s'y prendrait pas autrement", écrit Stephen Smith dans Négrologie. Avant de poursuivre avec ces mots terribles : "Seulement, même en cela, le continent échoue. Plus personne n'est preneur."

Erreur, la Chine est preneuse. Pour alimenter sa croissance démesurée, la République populaire a un besoin vital en matières premières dont le continent regorge : le pétrole, les minerais, mais aussi le bois, le poisson et les produits agricoles. Elle n'est pas rebutée par l'absence de démocratie ni par la corruption. Ses fantassins ont l'habitude de dormir sur une natte, de ne pas manger de la viande tous les jours. Ils trouvent des opportunités là où d'autres ne voient que de l'inconfort ou du gaspillage. Ils persévèrent là où les Occidentaux ont baissé les bras pour un profit plus sûr. La Chine voit plus loin. Ses objectifs dépassent les anciens prés carrés coloniaux et déploient une vision continentale à long terme. Certains n'y voient qu'une stratégie, apprise de Sun Tsu : "Pour battre ton ennemi, il faut d'abord le soutenir pour qu'il relâche sa vigilance ; pour prendre, il faut d'abord donner." D'autres croient sincèrement aux partenariats "gagnant-gagnant", ce leitmotiv de la propagande de Pékin. De fait, la Chine ne fait pas que s'emparer des matières premières africaines. Elle écoule aussi ses produits simples et bon marché, retape les routes, les voies ferrées, les bâtiments officiels. Manque d'énergie ? Elle construit des barrages au Congo, au Soudan, en Ethiopie, et s'apprête à aider l'Egypte à relancer son programme nucléaire civil. Besoin de téléphone ? Elle équipe toute l'Afrique de réseaux sans fil et de fibres optiques. Les populations locales sont réticentes ? Elle ouvre un hôpital, un dispensaire ou un orphelinat. Le Blanc était condescendant et m'as-tu-vu ? Le Chinois reste humble et discret. Les Africains sont impressionnés. Plusieurs milliers parlent ou apprennent aujourd'hui le chinois. Beaucoup d'autres admirent leur persévérance, leur courage et leur efficacité. Et toute l'Afrique se réjouit de cette concurrence qui casse les monopoles des commerçants occidentaux, libanais et indiens. (...)

La Chine en Afrique est donc plus qu'une parabole de la mondialisation, c'est son parachèvement, un basculement des équilibres internationaux, un tremblement de terre géopolitique. S'y installe-t-elle au détriment définitif de l'Occident ? Sera-t-elle pour le continent des ténèbres la lumière providentielle ? L'aidera-t-elle à prendre enfin sa destinée en main ? Pour répondre à ces questions, nous le savions, quelques articles ne suffiraient pas. Il fallait aller sur place, sillonner l'Afrique de part en part, aller à la rencontre des Chinois et des Africains, se mettre dans la peau des uns et des autres ; il fallait écrire ce livre...



A voir: Le site Chinafrique

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07 mars 2008

150 - Corruption?

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Vendredi 7 mars 2008

Le 3 mars dernier, la petite séquence ci-dessous a été diffusée au journal de France 2. Sujet: Les avoirs immobiliers de certains chefs d'état africains en France.




Cette diffusion a provoqué la fureur d'Omar Bongo, gentiment appelé "Papa" par tonton Chirac. Celui-ci reproche aux autorité francaises d'avoir permis cette diffusion sur "une télévision d'état"... On ne rigole pas.

A votre avis, lorsque les chaines publiques ne pourront plus accéder au financement de la publicité, ce reportage sera-t-il encore possible sans l'assentiment "du bon payeur"?


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29 février 2008

149 - Cameroun, l'Afrique en miniature...

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Vendredi 29 février 2008

L'Afrique en miniature. C'est comme celà que l'on désigne le Cameroun. En effet, la diversité géographique, démographique et sociologique de ce pays d'Afrique centrale est totale. Tous les paysages sont présents dans le pays qui s'étend, du Sud au Nord, d'une zone équatoriale, peuplée de pygmées et coiffée d'une canopée de 70 mètres de haut, jusqu'au sahel, bordant le lac Tchad.

Mais aujourd'hui, ce qualificatif prend une signification plus sombre. En effet, depuis quelques jours le Cameroun, jusqu'ici absent de l'actualité malheureuse des guerres et atrocités secouant bien d'autres pays africains, fait parler de lui par des évènements qui autorisent toutes les inquiétudes. Le Cameroun, pays si cher à mon coeur, que j'ai arpenté de long en large il y a 20 ans, va-t-il se transformer en un Rwanda ou un Kenya à feu et à sang? Cette tranquilité jusqu'ici préservée n'était-elle pas l'arbre qui cache la forêt? Cette Afrique aujourd'hui exangue sera-t-elle une nouvelle fois reconstituée en miniature au Cameroun?

Je regrette que cette actualité soit encore trop absente des médias télévisés. Faut-il plus de sang, plus de spectacle dans l'horreur pour que nous nous en émouvions? Et si d'en parler avant que les choses ne dégènèrent permettait d'éviter un drame? Le silence est le pire des complices.

Pour s'informer, il y a heureusement la presse écrite:

Le Monde:
- Portfolio
- Article du 26 février - Douala
- Bilan, le 5 mars

Libération:
- Article du 28 février
- Article du 29 février

Le Nouvel Observateur:
- Article du 27 février
- Article du 28 février
- Bilan, le 5 mars

RFI
- Article du 29 février
- Article du 7 mars

Reuters
- Article du 5 mars

Pour en connaitre un peu plus, voici un site que j'ai créé et que je regrette de n'avoir jamais fait vivre.



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