Racisme et Histoire: Le Tabou

La société Francaise souffre d'amnésie. Elle se refuse à reconnaitre les périodes peu glorieuses de son histoire durant lesquelles l'esclavagisme et le colonialisme ont été justifiés par un racisme institutionnel. Ces périodes sont révolues, mais mal assumées, formant ainsi un bon terreau pour permettre au racisme institué à l'époque de survivre sous d'autres formes.

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Nom : Titophe

Marié a une femme noire depuis bientot 20 ans, père d'enfants metis, je suis de plus en plus inquiet face aux non-dits de notre société occidentale. Admettre et reconnaitre notre histoire dans ses composantes les moins glorieuses serait enfin admettre qu'etre Francais, ce n'est plus seulement etre un descendant des gaulois. Nous pourrions rendre leur dignité a celles et ceux qui se sentent exclus.

Le coin des compteurs
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05 mai 2008

153 - La voix qui se voit?

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Lundi 5 mai 2008

Je relaye aujourd'hui une vidéo initialement publiée par mon ami Jocelyn-Charles.

Le thème: La force des préjugés subis par les acteurs de doublage noirs. Les noirs auraient une voix spécifique à leur couleur, donc ne peuvent doubler que des noirs. Par contre, les acteurs blancs auraient une vois plus universelle, leur permettant de doubler des blancs et des noirs.

Au-delà du sujet, le thème ici est encore une fois le poids des préjugés largement répandus, admis, et jamais contestés. En téléspectateur moyen, je ferai ici un parallèle avec ce que j'ai entendu dernièrement de la bouche des "jurys" de l'émission La nouvelle star sur M6.

Ils "analysaient" la voix d'une des candidates, et la qualifiaient de "négresse blonde". En effet, un des personnages formant ce "jury" expliquait que la performance de la jeune femme lui permettait de se comparer aux "voix noires qui groovent" et qui seraient, jusqu'à ce jour, une caractéristique vocale spécifique aux femmes noires...

Loin de moi l'idée de qualifier cet intervenant de raciste primaire, je ne le nomme d'ailleurs pas car là n'est pas mon objectif. Mais que voilà un magnifique sujet de questionnement!

J'ai en effet souvent entendu cette affirmation. Si un tel préjugé est encore si présent, c'est que jamais il n'est remis en question sur la place publique. Comme ne le sont d'ailleurs pas d'autres préjugés analogues (les noirs ont le rythme dans la peau, les noirs sont de redoutables fêtards, les noirs ont des sexes sur-dimentionnés, les noir(e)s sont chaud(e)s et ont une libido démesurée, etc...)

Le poids des préjugés n'est que la conséquence du poids des tabous qui inhibent toute remise en question ouverte. Et pourquoi, me direz-vous, ces sujets seraient tabous? Tout simplement pour des raisons commerciales. Lorsque vous sélectionnez une chaine de télévision, si le programme diffusé vous met mal à l'aise, vous zappez. Une des causes de malaise systématique est une "identification négative":
"Je me délecte à regarder les travers des autres, mais s'il vous plait, ne me parlez pas des miens!"

Ces préjugés, dont celui des "voix noires", sont très largement partagés. Les dénoncer en les remettant en question, c'est prendre le risque de déranger les téléspectateurs qui s'identifieront aux porteurs de préjugés, donc de faire un mauvais score d'audience. Voilà le fameux "tabou commercial" en route dans toute sa malignité et sa perversité. Expliquer, remettre à plat certaines inepties, n'est plus possible dans un monde formaté pour le "business". On préfère laisser passer quelques bêtises déclamées avec un air inspiré, qui renforcent un peu plus les préjugés déjà si tenaces.

Pour ceux qui ont tenu jusqu'ici, je vous laisse découvrir ces extraits d'émission de France O, la "télé des noirs" puisque le sujet n'y est pas tabou...

Vraiment, il y a du boulot...








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28 avril 2008

152 - Les massacres du 8 mai 1945

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Lundi 27 avril 2008

Un article intéressant publié par Le Monde aujourd'hui:

En visite à Guelma, l'ambassadeur de France en Algérie regrette les "massacres" du 8 mai 1945


Pour la première fois, un responsable français a qualifié de"massacres" la répression par les autorités françaises des manifestations d'Algériens en faveur de l'indépendance, immédiatement après la fin de la seconde guerre mondiale."
Le 8 mai 1945, alors que les Algériens fêtaient dans tout le pays, au côté des Européens, la victoire sur le nazisme, à laquelle ils avaient pris une large part, d'épouvantables massacres ont eu lieu à Sétif, Guelma et Kherrata", a souligné Bernard Bajolet, ambassadeur de France en Algérie, lors d'une visite dans une université de Guelma (est du pays), dimanche 27 avril.



Le diplomate français a souligné "la très lourde responsabilité des autorités françaises de l'époque dans ce déchaînement de folie meurtrière [qui a fait] des milliers de victimes innocentes, presque toutes algériennes". "Aussi durs que soient les faits, la France n'entend pas, n'entend plus, les occulter. Le temps de la dénégation est terminé", a-t-il ajouté. Ces massacres "ont fait insulte aux principes fondateurs de la République française et marqué son histoire d'une tache indélébile", a-t-il dit.


DANS LA LIGNÉE DE NICOLAS SARKOZY


Selon les Algériens, cette répression, à laquelle avaient participé des milices de civils, aurait fait 45 000 victimes. Du côté français, le bilan oscillerait entre 1 500 et 8 000 morts.


La déclaration de M. Bajolet intervient cinq mois après un discours du président Nicolas Sarkozy à l'université de Constantine, dans lequel il avait évoqué "les fautes et les crimes du passé" colonial français en Algérie, qualifiés d'"impardonnables".

Pour le quotidien algérien
Liberté, la visite de Bernard Bajolet à l'université du 8-Mai 1945, à Guelma, est un choix "loin d'être fortuit". "Son discours s'inscrit en ligne droite du discours du président Nicolas Sarkozy à Constantine", note le journal. "Mais il n'en recèle pas moins un nouveau développement, qui a la prétention de réduire pour ainsi dire l'écart entre Français et Algériens dans leur vision du fait colonial."



A lire:
- Le massacre de Sétif ou le sanglant armistice
- LDH Toulon: 8 mai 1945 : les massacres de Sétif et Guelma
- Le 8 mai 1945: les émeutes de Sétif

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17 avril 2008

151 - Au revoir Aimé!

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Jeudi 17 avril 2008

Aimé Césaire est mort aujourd'hui. J'espère que son héritage ne sera ni sali, ni banni.
Monsieur Césaire, votre Humanité reste bien vivante dans mon coeur.



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15 avril 2008

Interlude

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Mardi 15 avril 2008


Beaucoup auront noté le manque d'activité sur ce blog depuis quelques semaines. Je suis en effet dans une période de suractivité professionnelle qui ne me permet pas de maintenir cet espace comme il serait nécessaire. Je m'en excuse et espère pouvoir prochainement redémarrer les mises à jour.



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07 mars 2008

150 - Corruption?

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Vendredi 7 mars 2008

Le 3 mars dernier, la petite séquence ci-dessous a été diffusée au journal de France 2. Sujet: Les avoirs immobiliers de certains chefs d'état africains en France.




Cette diffusion a provoqué la fureur d'Omar Bongo, gentiment appelé "Papa" par tonton Chirac. Celui-ci reproche aux autorité francaises d'avoir permis cette diffusion sur "une télévision d'état"... On ne rigole pas.

A votre avis, lorsque les chaines publiques ne pourront plus accéder au financement de la publicité, ce reportage sera-t-il encore possible sans l'assentiment "du bon payeur"?


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29 février 2008

149 - Cameroun, l'Afrique en miniature...

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Vendredi 29 février 2008

L'Afrique en miniature. C'est comme celà que l'on désigne le Cameroun. En effet, la diversité géographique, démographique et sociologique de ce pays d'Afrique centrale est totale. Tous les paysages sont présents dans le pays qui s'étend, du Sud au Nord, d'une zone équatoriale, peuplée de pygmées et coiffée d'une canopée de 70 mètres de haut, jusqu'au sahel, bordant le lac Tchad.

Mais aujourd'hui, ce qualificatif prend une signification plus sombre. En effet, depuis quelques jours le Cameroun, jusqu'ici absent de l'actualité malheureuse des guerres et atrocités secouant bien d'autres pays africains, fait parler de lui par des évènements qui autorisent toutes les inquiétudes. Le Cameroun, pays si cher à mon coeur, que j'ai arpenté de long en large il y a 20 ans, va-t-il se transformer en un Rwanda ou un Kenya à feu et à sang? Cette tranquilité jusqu'ici préservée n'était-elle pas l'arbre qui cache la forêt? Cette Afrique aujourd'hui exangue sera-t-elle une nouvelle fois reconstituée en miniature au Cameroun?

Je regrette que cette actualité soit encore trop absente des médias télévisés. Faut-il plus de sang, plus de spectacle dans l'horreur pour que nous nous en émouvions? Et si d'en parler avant que les choses ne dégènèrent permettait d'éviter un drame? Le silence est le pire des complices.

Pour s'informer, il y a heureusement la presse écrite:

Le Monde:
- Portfolio
- Article du 26 février - Douala
- Bilan, le 5 mars

Libération:
- Article du 28 février
- Article du 29 février

Le Nouvel Observateur:
- Article du 27 février
- Article du 28 février
- Bilan, le 5 mars

RFI
- Article du 29 février
- Article du 7 mars

Reuters
- Article du 5 mars

Pour en connaitre un peu plus, voici un site que j'ai créé et que je regrette de n'avoir jamais fait vivre.



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20 février 2008

148 - Le Journal de Victor

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Mercredi 20 février 2008

Petite perle trouvée sur le web. Le Journal de Victor



Je souhaitais partager avec vous ce site et particulièrement les articles consacrés au racisme, expliqué aux enfants:

D’où vient le racisme en France?
Le racisme, d’où ça vient?
Pourquoi dans le monde...? (1ère partie)
Pourquoi dans le monde...? (2ème partie)
Tous semblables ou tous différents?
Couleur café... que j’aime ta couleur café!

Et je ne résiste pas, bien entendu, à recopier ici un de ces articles pour vous donner envie de consulter les autres:

Le racisme, d’où ça vient ?


« Jessica se demande comment le racisme est apparu en France, pourquoi et quand. Claire, peux-tu nous raconter l’histoire du racisme ? », s’enquiert Victor.

Figure-toi que le racisme est vieux comme le monde et s’est manifesté sur tous les continents.

Etre raciste, c’est croire qu’il existe différentes races et que certaines sont supérieures aux autres. En fait, les races n’existent que chez les animaux. On ne doit pas parler de différentes races humaines mais d’un seul genre humain.

Malgré tout, des personnes affirment le contraire pour justifier une domination ou des persécutions envers certains groupes de personnes, distinguées par leur apparence physique, leurs habitudes, leurs idées, leur religion...

Globalement, nous avons souvent du mal à accepter nos différences. Nous avons peur de l’inconnu, nous cherchons à éviter ce que nous ne comprenons pas. C’est pourquoi nous avons tendance à rejeter celui qui est différent, l’étranger, car sa langue, ses coutumes sont incompréhensibles. On dit que l’on est xénophobe (xenos en grec veut dire étranger). Personne n’est donc à l’abri de mépriser celui qui est différent.

« Mais il est possible de lutter contre nos réflexes racistes et xénophobes ? », s’interroge Victor.

Cela commence par aller vers les autres, par exemple faire l’effort de rencontrer son voisin de palier ou de maison, s’intéresser à sa vie, à ses préoccupations, apprendre à le connaître. Ainsi, on se rend compte que malgré nos différences, il est "comme nous".

Connaître le plus de monde permet de ne pas généraliser nos jugements, c’est-à-dire ne pas s’imaginer que des personnes qui ont la même apparence, la même religion, le même métier, le même âge... ont forcément les mêmes défauts. Cela nous ouvre sur le monde et nous enrichit.

« C’est vrai que ce serait tellement triste si tout le monde se ressemblait ! », s’exclame Victor.




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13 février 2008

147 - L'exemple australien

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Mercredi 13 février 2008

Hier, un évènement d'importance venait d'australie. Saurons-nous suivre l'exemple?

«Pour les Aborigènes, c'est comme la chute du mur de Berlin»


Le Premier ministre australien a présenté mercredi ses excuses aux premiers habitants du pays pour les injustices et les mauvais traitements subis pendant deux siècles.

"Pardon": Tant attendu par les Aborigènes et finalement consenti par le gouvernement australien pour les injustices passées, le mot a électrisé la foule rassemblée mercredi devant le Parlement. Blancs ou Noirs, sur les pelouses ou massés devant des écrans géants, ils étaient des milliers à écouter les excuses nationales présentées par le Premier ministre travailliste Kevin Rudd aux premiers habitants du pays pour les injustices et les mauvais traitements subis pendant deux siècles.

Beaucoup d'Aborigènes avaient parcouru des milliers de kilomètres pour se rendre dans la capitale Canberra. En costumes traditionnels et le corps orné de peintures ancestrales, des danseurs se mêlent à des hommes d'affaires ou des étudiants tous présents devant le Parlement.

Certains Aborigènes lèvent le poing, symbole du "Black Power" (pouvoir noir) ou arborent des photos de leur proches qui n'ont pu faire le déplacement.

Et le mot ardemment espéré est enfin prononcé: "Pardon". "Nous demandons pardon pour les lois et les politiques des parlements et gouvernements successifs qui ont infligé une peine, une douleur et une perte profondes à nos compatriotes australiens", déclare M. Rudd, soulevant une grande émotion parmi le public.

"C'est le moment le plus lourd de sens pour notre communauté dont j'ai été témoin au cours de ma vie", confie à l'AFP Darryl Towney.
"Pour nous, c'est comme la chute du mur de Berlin", dit-il. Et bien qu'à son sens, ce pardon officiel arrive "200 ans trop tard", "Rudd l'a fait et cela signifie beaucoup pour le peuple aborigène".

Dans son discours historique, le chef du gouvernement a fait acte de repentance, en particulier pour "la douleur et les souffrances subies" par les "générations volées".

Ce terme désigne des dizaines de milliers d'enfants autochtones retirés de force à leurs familles - de 1910 jusqu'aux années 1970 - pour être placés dans des institutions ou des foyers à des fins d'assimilation.

Andi Kirwin, une étudiante aborigène, accueille d'autant mieux cette contrition nationale que le prédécesseur de Kevin Rudd, le conservateur John Howard, avait mis un point d'honneur à ne pas formuler d'excuses officielles.

"C'est une reconnaissance de ce qui nous est arrivé, cela met fin à des années de déni", explique-t-elle.

Annie Kentwell, une fonctionnaire de Canberra, est aussi venue apporter son soutien et veut y voir les prémices d'une réconciliation nationale durable.

"Pour moi en tant qu'Australienne blanche, ce jour signifie que l'on peut désormais avancer et bâtir des ponts entre les communautés blanches et aborigènes", explique-t-elle.



Lire l'article sur le site de Libération




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25 janvier 2008

146 - « Le Tabou » : C’est quoi au juste?

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Vendredi 25 janvier 2008

Ce blog s’intitulant « Racisme et Histoire : Le Tabou », il serait temps de s’intéresser d’un peu plus près au concept du « Tabou », jusqu’ici évoqué sans pour autant être développé.

De tous temps, les hommes se sont fabriqué des règles, parmi lesquelles trônent en bonne place des interdits. Ces derniers, de nature très variés, sont schématiquement explicites ou implicites.

Dans la catégorie des interdits explicites, nous pouvons citer ceux qui relèvent du cadre législatif ou des règles de bienséance (politesse, courtoisie, savoir-vivre). Leur nature explicite se décline sous la forme de textes (lois, règlements, etc…) ou de comportements liés au « vivre ensemble », partagés par une communauté culturelle ("on ne parle pas la bouche pleine, on met sa main devant sa bouche avant d’éternuer, …"). Dans tous les cas, ces interdits restent explicables et abordables en société. Ils ne renvoient pas les individus dans des retranchements intimes, ne sont pas sujets à rendre mal à l’aise. Au contraire, leur existence est du domaine du rationnel.

Les interdits implicites, quant à eux, sont de nature très variée. Souvent liés à une culture, ils touchent de plus près à l’intimité des hommes. La pudeur, par exemple, est à la frontière entre ces deux mondes. La sexualité reste souvent une thématique chargée d’interdits implicites. Ces interdits ont un point commun : ils associent un jugement aux individus. Il convient néanmoins de distinguer deux sous-catégories :

Certains n’ont de sens qu’en société ou, du moins, lorsque plusieurs individus sont en présence. Ces interdits sont avant tout des facteurs inhibiteurs, qui peuvent disparaître temporairement en circonstances désinhibitrices (alcool/drogue, effet de bande, libido, …). Il est intéressant de noter ici qu’Internet, par l’intermédiaire du blog ou des forums, est souvent un facteur désinhibiteur permettant de passer outre de nombreux interdits implicites. Il suffit de regarder la foison de sites à caractère pornographique ou les interventions sont totalement délirantes. Plus généralement, les interdits implicites de cette nature sont lies au jugement extrinsèque, c'est-à-dire au jugement porté par « les autres » à chaque individu.

Et voici enfin la seconde sous-catégorie, celle qui fait appel au jugement intrinsèque, c'est-à-dire au jugement que chaque individu se porte à lui-même. Nous sommes au cœur de l’intimité de chacun, car les interdits de cette nature restent valables même lorsque l’individu est seul. C’est ici que se trouvent « les tabous ». Certains exemples me venant à l’esprit sont souvent en lien direct avec des questions existentielles profondes :
- Comment envisager la mort de ses enfants ? Pensée Tabou !
- Comment imaginer la sexualité de ses propres parents ?
Dans chaque cas, le malaise est sous-jacent. On s’interdit de penser. L’inhibition est à son comble. Le tabou protège de l’insoutenable.
La culpabilité, dans ce domaine, a toute sa place. De nombreux exemples de personnes ayant un lien direct avec des faits fortement culpabilisants montrent qu’ils construisent un voile noir permettant d’occulter ces faits, de les effacer de leur mémoire. C’est le cas de criminels passionnels (infanticides, parricides) développant un dédoublement de personnalité pour pouvoir projeter ces faits à un « autre » imaginaire.
La culpabilité indirecte, héritée, est aussi un puissant générateur de « tabous ». Que dire des descendants de grands criminels nazis, de grands « serial killers » ? Nous touchons enfin au terme de ce billet. L’histoire des peuples est faite de gloires et de pages plus sombres. Nous en sommes tous les héritiers. Cet héritage est parfois une blessure ou au contraire une culpabilité implicite, devenant un sujet « tabou ». Sortir ces pages du domaine du tabou, c’est avant tout savoir adresser le facteur de la culpabilité avec délicatesse et humanité. C’est avant tout une question de communication. Sommes-nous prêts ? Je le crois, oui. Comment faire ? C’est une autre histoire.



Titophe


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16 janvier 2008

145 - "Je veux signer l'acte de décès de la "Françafrique" "

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Mercredi 16 janvier 2008

Actualité aujourd'hui. Un article du Monde m'ayant interpellé, j'ai décidé de le transcrire tel quel, sans plus de commentaire.

LE MONDE 15.01.08 13h44 • Mis à jour le 15.01.08 13h44

Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat français à la coopération
"Je veux signer l'acte de décès de la "Françafrique""

Six mois après l'élection de Nicolas Sarkozy, il semble que rien n'ait changé dans les relations entre la France et l'Afrique, contrairement aux promesses de rupture faites pendant la campagne électorale. Le ministre d'ouverture que vous êtes accepte-t-il ce statu quo ?

C'est justement parce que je suis un ministre d'ouverture et que j'ai adhéré au discours de Nicolas Sarkozy sur l'Afrique que je souhaite que les choses changent. Or la rupture tarde à venir. Il y a encore trop de rentes de situation, trop d'intermédiaires sans utilité claire, trop de réseaux parallèles pour permettre un partenariat assaini, décomplexé, d'égal à égal. La "Françafrique" est moribonde. Je veux signer son acte de décès. Il ne s'agit pas de faire la morale, mais d'aider au développement. Or, à cause de défauts de gouvernance dans certains pays, notre politique de coopération, malgré de multiples réalisations, ne permet pas des progrès à la hauteur des efforts consentis.




Comment expliquez-vous ce manque d'efficacité ?

La mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l'incurie de certaines structures administratives ou politiques, la prédation de certains dirigeants, tout le monde connaît ces facteurs ou les imagine. Au total, sur 100 milliards de dollars annuels d'aide pour l'Afrique, 30 milliards s'évaporent. Certains pays ont d'importantes ressources pétrolières, mais leur population n'en bénéficie pas. Est-il légitime que notre aide soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources ? Il faut donc revoir les conditionnalités, évaluer l'efficience de notre aide.


A quels pays pensez-vous ?

Je ne suis pas là pour montrer du doigt tel ou tel chef d'Etat. Ce serait contre-productif. Mais il serait intéressant d'écouter non seulement les dirigeants, mais aussi les sociétés civiles dire ce qu'elles pensent de l'efficacité de notre aide.


Justement, le régime gabonais d'Omar Bongo vient de "suspendre" les organisations de la société civile qui critiquent l'opacité de sa gestion des revenus pétroliers...

Le président du Gabon est un ami de longue date de la France. Sur la liste des pays problématiques, je ne le placerais pas en tête. Mais, sous réserve de vérification, je regrette cette décision.


Que pensez-vous de la décision du parquet de Paris de stopper l'enquête sur les "biens mal acquis" par certains chefs d'Etat africains ?

Pour faire évoluer les choses, on peut provoquer le conflit. Ma méthode est différente, forte et pédagogique, non idéologique. Il s'agit de conditionner notre aide à une bonne gouvernance, faire comprendre à l'opinion et aux dirigeants que ce serait plus efficace. Dans les accords de partenariat, nous pouvons demander un engagement de transparence sur l'utilisation des ressources en matières premières, exiger qu'une partie de la rente pétrolière soit utilisée dans les projets que nous aidons. Encore faut-il qu'on se tienne à cette ligne. Je suis en dialogue avec le président de la République à ce propos. Le moment est venu que je sois soutenu jusqu'au bout.


Auriez-vous du mal à vous faire entendre ?

Le président a fixé un cadre au niveau du discours. Le moment est venu d'une piqûre de rappel pour aller plus loin dans la démarche de rupture et mettre nos principes en actes. Tuer les petites pratiques moribondes et renouveler notre manière de dialoguer avec les Africains. Le président sera en Afrique à la fin de février : c'est le bon moment.


L'un de vos prédécesseurs, Jean-Pierre Cot, ministre de la coopération, a dû démissionner, en 1982, après avoir cherché en vain à changer les relations entre la France et l'Afrique. Ne courez-vous pas le même risque ?

C'est un vieil ami. Il s'est vite isolé et n'a pas forcément fait la bonne analyse. Moi, je suis avant tout un pragmatique. Je sais gérer les gens, les budgets, les contradictions. Je sais qu'on ne décalquera pas du jour au lendemain notre morale en Afrique. Je sais aussi que l'Afrique est le continent de demain, et qu'il en va de l'intérêt de la France de mettre en oeuvre cette rupture. La jeunesse africaine l'attend.

Propos recueillis par Philippe Bernard
Article paru dans l'édition du 16.01.08.




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