Racisme et Histoire: Le Tabou

La société Francaise souffre d'amnésie. Elle se refuse à reconnaitre les périodes peu glorieuses de son histoire durant lesquelles l'esclavagisme et le colonialisme ont été justifiés par un racisme institutionnel. Ces périodes sont révolues, mais mal assumées, formant ainsi un bon terreau pour permettre au racisme institué à l'époque de survivre sous d'autres formes.

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Marié a une femme noire depuis bientot 20 ans, père d'enfants metis, je suis de plus en plus inquiet face aux non-dits de notre société occidentale. Admettre et reconnaitre notre histoire dans ses composantes les moins glorieuses serait enfin admettre qu'etre Francais, ce n'est plus seulement etre un descendant des gaulois. Nous pourrions rendre leur dignité a celles et ceux qui se sentent exclus.

Le coin des compteurs
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20 janvier 2009

176 – De Gaza à Washington, l’attente

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Mardi 20 janvier 2009

J’ai été plusieurs fois interpellé, ici et ailleurs, pour ne pas traiter de la guerre sur la bande de Gaza, et du sort de ces milliers d’enfants, femmes et hommes, pris dans l’étau immonde de la guerre et de la folie humaine.

Je suis resté sur la réserve, c’est vrai. Je pense que cette folie meurtrière n’est pas directement liée au racisme inspirant la thématique de ce blog, qui encore une fois n’est pas un espace dédié à l’actualité politique lorsqu’elle est hors contexte. C’est à contrario un lieu de réflexion thématique et je ne me sens pas très à l’aise pour parler de la géopolitique au Moyen-Orient.

Ceci ne signifie pas pour autant que je reste indifférent au drame humain qui est devenu l’injuste quotidien de millions de familles. Mais cette guerre est d’abord et avant tout le signe que les religions divisent avant de rassembler, que les certitudes qu’elles prônent et assènent à coup d’obus et de bombes mènent à tout sauf à la paix. L’histoire de l’humanité est une succession de massacres et de guerres menés au nom de dieux aux patronymes divers, mais avec de communes œillères.

Ce blog est celui du doute et du questionnement, certainement pas celui du prosélytisme dogmatique qui refuse l’ouverture à l’autre. Imposer ses croyances et ses valeurs, refuser d’entendre ou de voir celles des autres, c’est ce qui a contribué à faire du monde cette mosaïque explosive.

Aujourd’hui, 20 janvier 2009, un pays vit un moment historique. Ce pays, les Etats-Unis, symbolise tout un pan de l’Occident et son acharnement à imposer au reste du monde son modèle de société. Ce moment historique est une opportunité donnée à l’Occident de changer enfin d’image. Cette opportunité est une attente immense pour des milliards d’individus peuplant notre planète. Il est malheureusement probable que cette attente soit surdimensionnée. Néanmoins, elle est bien réelle et a pour fondement un désir de paix, un ras-le-bol de l’incohérence et du chao actuels.

Alors espérons nous aussi que les artisans du chao seront noyés, non pas par un super Obama qui ne peut pas grand-chose tout seul, mais par l’addition de tous ces espoirs et de toutes ces attentes dont le symbole incarné par un homme pourrait être l’élément déclencheur. Espérons qu’une prise de conscience simultanée et spontanée, qu’un désir de paix universel, puissent succéder à ce jour si spécial ou s’élève celui qui incarne la dignité d'une partie de l’humanité jusqu'ici dominée et humiliée

Obama ne peut vraisemblablement pas grand-chose pour les enfants de Gaza, mais ceux qui vivent là-bas peuvent peut-être arrêter leur folie en s’interrogeant sur le symbole du moment. Alors oui, les enfants de Gaza ont raison d’espérer.



Titophe


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17 décembre 2008

173 - Banques et Argent: Le Tabou

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Mardi 16 décembre 2008


Petite digression aujourd’hui autours d’un sujet d’actualité : la crise financière. Je m’éloigne intentionnellement du racisme, thème porteur du blog, mais je reste dans le sujet en ce qui concerne le Tabou.

En effet, combien de nos concitoyens peuvent se targuer de comprendre cette crise et les mécanismes complexes de la finance qui gravitent autours d’elle ? A part quelques experts, je dirais quasiment aucun.
Et pourtant, il n’y a pas de journal télévisé, depuis des mois, qui ne consacre une page quotidiennement à cette crise et à une analyse totalement ésotérique et incompréhensible techniquement par le téléspectateur. Mais le message passe pourtant très bien car ce qui ne se comprend pas factuellement et rationnellement se perçoit émotionnellement. Le téléspectateur est donc conditionné s’il n’est informé. Chacun sait maintenant que nous sommes en crise et que l’avenir sera difficile.

Mais si personne ne comprend vraiment les mécanismes de base de la finance, pourquoi aucun média n’a la démarche didactique de nous l’expliquer ? Parce-que les bases du système monétaire et de la finance internationale sont des sujets Tabous.
La vidéo ci-dessous, très populaire sur la toile et que nombre d’internautes ont déjà du recevoir depuis quelques semaines le démontre de façon simple, didactique et très accessible. Bon visionnage.

Titophe





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24 novembre 2008

172 – Déni et incohérence

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Lundi 24 novembre 2008

Une réflexion m’est venue en reprenant dans le billet précédent la citation de Boris Cyrulnik : «Le déni, qu'il soit mental ou physique, est un mécanisme de défense qui permet de moins souffrir en s'adaptant à un réel incohérent.»

Je pense que le déni est généralisé et banalisé lorsqu’il s’agit de racisme dans notre société. Mais notre réel est-il incohérent au point qu’il faille ce déni pour s’y adapter?

C’est l’axe de réflexion qui m’amène à la rédaction de ce billet. Je résumerais cette incohérence par la formule suivante :

«SVP, continuez à être pauvres pour assurer notre opulence !»


N'est-ce pas pour nous qu'ils travaillent?

Comment, en effet, même avec les revenus les plus faibles de notre monde occidental, avons-nous encore un pouvoir d’achat des dizaines, des centaines, voir des milliers de fois plus élevé que dans le reste du monde ?
N’est-ce pas parce qu’un occidental considère normal et légitime de pouvoir acquérir des biens et services nécessitant des dizaines d’hommes (ou femmes ou enfants) pour les produire dans un même laps de temps ?
Que se passerait-il si les revenus s’équilibraient et devenaient équivalents quelque soit l’endroit du monde ? Tout simplement une augmentation explosive des prix des produits manufacturés ! Ainsi, seule la pauvreté de 85% des populations terrestres permet l’opulence des 15% restant. Cette pauvreté est une nécessité vitale !

Pourtant, ces 15% restant sont aussi les plus actifs lorsqu’il s’agit de véhiculer des valeurs morales et humanistes, lorsqu’il s’agit d’émettre des jugements hâtifs sur les raisons de lointaines pauvretés, lorsqu’il s’agit de s’apitoyer sur la violence et l’indécence de la misère humaine.

Voilà l’incohérence : Comment accepter ce déséquilibre criant tout en ne reniant pas ces valeurs « humanistes » ? Seul le déni peut permettre ce tour de force. Le déni de quoi ? Mais le déni que nous acceptons et sommes bien conscients de cette incohérence, le déni que nous en sommes les bénéficiaires (pour encore un certain temps du moins), le déni que nous considérons l’humanité comme hétérogène et hiérarchisée, le déni que nous considérons normal d’être au sommet de cette hiérarchie. Cette certitude de normalité se heurte aux transformations internes de l’occident de plus en plus diversifié, cette normalité c’est le racisme qui perdure comme un réflexe de survie d’une société devenue folle.

Alors oui, on comprend un peu mieux cette haine que nous engendrons.

Titophe



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06 novembre 2008

171 – Obama : Le temps des questions, et du réveil!

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Jeudi 6 novembre 2008


Obama a gagné, il est président des Etats Unis. Mais le caractère évènementiel et historique de cette élection est mondial. Pour la première fois de l’histoire, une personne apparentée aux laissés pour compte de l’humanité s'est hissée au sommet, considéré jusqu’alors comme inatteignable.

Cet évènement crée des attentes. Celles-ci ne seront pas satisfaites par Obama car, encore une fois, il est le président des américains. Point barre.

C’est maintenant au reste du monde de prendre le relais, ou de le laisser filer. L’occident, jusqu’alors défini comme l’ensemble des peuples de l’Europe et de l’Amérique du nord se trouve transformé dans sa symbolique par cet événement. Une partie de cet occident vient de franchir un cap, alors que le reste va maintenant concentrer tous les griefs de cette «haine» dont nous parle Ziegler.

La balle est donc dans le camp Européen, et la France un des épicentres majeurs.

La France n’est pas l’Amérique.
La population française n’a pas la même histoire que la population américaine. Les flux d’immigration sont différents et les liens des français issus de l’immigration avec leurs pays d’origines sont forts. Les noirs américains se contentent d’une politique intérieure plus juste, alors que les noirs français sont très sensibles au rééquilibrage des relations extérieures. Les attentes sont donc non seulement différentes, elles sont encore plus fortes.

Zébu, dans son excellent blog de citations, a posté il y a quelques jours celle-ci de Boris Cyrulnik :
Le déni, qu'il soit mental ou physique, est un mécanisme de défense qui permet de moins souffrir en s'adaptant à un réel incohérent. Mais ce facteur de protection empêche la résilience quand il freine la recherche de sens.

Bien entendu, j’élargis le contexte de l’individu à la société, mais je pense que cela reste vrai. Les laissés pour compte de notre société, descendants de colonisés, issus de pays encore noyés par l’humiliation, sont en attente de résilience. Seul ce mécanisme permettra de sortir du communautarisme sordide d’aujourd’hui. Cette résilience nécessite que le déni de leurs souffrances cesse, que tous nous reconnaissions celle-ci comme un fait indiscutable et sans développer une quelconque culpabilité par cette reconnaissance. Alors, une fois cette reconnaissance effectuée, l’Obama bien de chez nous pourra émerger, la Haine que nous engendrons pourra s’atténuer, les injustices que nous exportons pourront cesser.

…du temps, nous n’en avons plus beaucoup. Obama sera-t-il l’aiguillon nécessaire? Il serait pourtant sage de se réveiller.

Titophe



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31 octobre 2008

169 - Annick nous parle de "conscience collective"

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Vendredi 31 octobre 2008

J'ai découvert cette semaine le blog d'Anna, que je m'empresse de rajouter dans mon blogroll. Au cours d'un échange très intéressant, Annick m'a fait un commentaire sur la conscience collective que je trouve passionnant, car il introduit un axe de réflexion nouveau sur ce blog. J'ai donc décidé de faire un billet de ce commentaire: Bonne lecture!


(...)des études sur la mémoire collective ont été réalisées et il s’avère que celle-ci obéit à des rythmes ( pas complètement expliqués d’ailleurs)

Maurice HalbwachsUn savant Maurice Halbwachs (*) a consacré son œuvre presque essentiellement à l’étude de la conscience collective : comme les individus, les sociétés humaines connaissent l’état de choc et réagissent en évacuant au plus profond de leur mémoire l’évènement destructeur. La conscience collective doit alors, lentement, apprivoiser l’horreur vécue. Ce n’est qu’après une longue période de maturation que la communication, puis l’analyse sera possible.

Elie WieselElie Wiesel, dans son livre « tous les fleuves vont à la mer » et lors de son discours en 2006 (festival international de littérature à Mantoue) en analyse les méandres mystérieuses : les survivants de la Shoah ont longtemps refusé de parler et ne furent guère questionnés non plus.



Robert Anthelme« L’espèce humaine » de Robert Anthelme, témoignage des camps de concentration, écrit en 1947, fut peu lu et tomba rapidement dans l’oubli. Pourtant à l’époque personne ne pouvait ignorer l’extermination de plus de 6 millions d’êtres humains. Mais la Shoah tomba dans l’oubli pendant plus de deux générations, refoulée dans la conscience universelle.



Raul HilbergRaul Hilberg est l'un des plus grands historien de la Shoah. En 1961, son œuvre « la destruction des juifs d’Europe » n’eut pratiquement aucun écho. En 1985, la réédition de son œuvre connu, au contraire, un écho considérable.



Aimé Césaire« Nous assistons aujourd’hui à l’irruption d’une autre mémoire enfouie, celle des peuples anciennement colonisés de l’Hémisphère sud. ‘J’habite un long silence, j’habite une soif irrémédiable’ écrit Aimé Césaire. Comme la mémoire juive, celle des anciens peuples colonisés aura connu un long silence, suivi d’un brusque réveil. » (Jean Ziegler)



J’attire l'attention sur le fait des enfants esclaves il y en a des centaines de milliers au Nigéria. Avec notre complicité, évidemment… (celle de la Banque de France, Shell, pour ne citer qu’eux.)

(*) mort à buchenwald, peu avant la libération des camps en 1945.



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27 mai 2008

157 - Du racisme positif?

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Mardi 27 mai 2008

Toujours en ballade sur le web, je suis tombé sur un article intéressant dans le style et dans le fond. Le sujet: Le racisme n'est pas qu'une vision négative de l'autre, ce peut aussi être une image stéréotypée systématiquement positive, et donc raciste aussi. Intéressante analyse dont je ne livrerai ici que certains extraits, n'ayant pas eu l'autorisation de l'administrateur du site pour relayer l'article dans son intégralité. Vous pouvez néanmoins lire cet article en vous rendant directement sur le site du Causeur.

Quelques extraits:

"Le racisme est devenu un tabou contemporain. Tant mieux. Mais ce qui semble avoir échappé à notre vigilance, c’est la persistance d’un discours qui, pour être formellement sympathique, n’autorise pas moins la pérennité, la mutation et donc, à terme, le retour d’un racisme pur et dur.

Car si l’expression raciste de nature agressive est prohibée, la louange raciste, elle, ne l’est pas. Les Noirs sont plus sympathiques, les Nordiques mieux bâtis, les Asiatiques plus sensuels, et ad libitum : autant de jugements caricaturaux, qui sont communément propagés et admis dans la mesure où ils ne sont pas proférés dans un but méprisant…"

"Les Métis sont beaux, comme les Noirs dansent bien et les Asiatiques cousent vite. Loin de toute vocifération hitlérienne, on en arrive ainsi, de nouveau, à ramener l’individu à ses caractéristiques zoologiques."

"Cette conception de l’homme est hélas minée par un néo-racisme débonnaire et flatteur, qui à la haine préfère l’ADN, et nous ramène sans cesse au règne animal : pour la chasse ? Un teckel. Pour l’entrée du magasin ? Un black ! Pour le défilé de Deauville ? Un lévrier. Pour le standard et l’accueil ? Une Noich… Pour la chambre du petit ? Un hamster. Dans les buts ? Un rebeu. Pour Mamy ? Un chat angora. Et pour la Direction Générale ? Un blanc, la bonne blague !"

"Qu’on y songe donc : derrière d’innocents compliments (”Oh ! Comme ils sont beaux…”) se profile une régression idéologique majeure. Il ne tient qu’à nous de l’enrayer. "


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23 mai 2008

156 - Le racisme selon René

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Vendredi 23 mai 2008


J'ai découvert dernièrement le blog de René. C'est un billet, Vous avez dit racisme ?, qui a retenu mon attention. Comme je l'ai déjà écrit, le blog Racisme et Histoire est un espace de partage avant tout. Les contributions sont donc les bienvenues, surtout lorsqu'elles offrent un éclairage nouveau. Dans l'article en question, René livre sa définition du racisme. Le style, très synthétique et précis, m'a semblé en parfait accord avec le fond, plutot détaché et sans surcharge émotionnelle inutile. Après avoir obtenu l'accord de René, je vous livre son analyse.

Bonne lecture.

Vous avez dit racisme ?

Une polémique vient récemment de voir le jour, avec le projet du Président Sarkozy de faire inscrire l'histoire de l'esclavage dans les programme scolaires dès la rentrée 2009. Parallèlement, une discussion connexe est née, au sujet du racisme. Car bien qu'il n'y ait qu'un rapport indirect entre les deux, l'évocation de l'esclavage historique, et notamment du commerce triangulaire, provoque chez les descendants des anciens esclaves, et notamment dans les anciennes colonies françaises d'Outre Mer, la résurgence du sentiment d'être victime de racisme, aujourd'hui encore.

N'ayant jamais voyagé, ni a fortiori vécu, dans ces territoires lointains, je ne sais pas si ce sentiment est justifié ou non. En tout état de cause, mon propos d'aujourd'hui est plus d'évoquer le racisme en général que cet aspect en particulier. Car le racisme anti-Noirs, celui qui vient immédiatement à l'esprit dès qu'on prononce le mot, n'est qu'un aspect du problème.

Qu'est-ce que le racisme?

Le racisme est une théorie selon laquelle il existerait des races humaines qui présenteraient des différences biologiques justifiant des rapports de domination entre elles et des comportements de rejet ou d'agression. Ce peut être aussi le fait de croire en la supériorité d'un groupe humain. Défini comme une race, ce groupe serait supérieur à tous les autres. Le racisme est la haine d'un de ces groupes humains. Dans le langage courant, le terme "racisme" se rapporte également à la xénophobie, c'est à dire au rejet des étrangers.

D'où vient le racisme?

De tous temps, le racisme a existé. Les Egyptiens s'opposaient à ceux qui ne parlaient pas leur langue. Les Romains se considéraient supérieurs à leurs voisins, dont ils voulaient conquérir les territoires. A la même époque, les Chinois se sont interrogés sur le degré d'intelligence des navigateurs qui leur rendaient visite, et commencèrent à comparer les peuples entre eux. Au XVIème siècles, les Espagnols, puis les Portugais, puis nous, les Français, suivis de près par les Anglais et les Hollandais, avons inventé le racisme colonial, considérant les "indigènes" de nos colonies lointaines comme des peuplades inférieures, et les assimilant presque à des animaux, sous prétexte qu'ils vivaient nus, qu'ils peignaient leurs corps, ou qu'ils ne parlaient pas la même langue que nous...

C'est à ce moment également qu'est apparu le "commerce triangulaire" destiné à "approvisionner" les colonies américaines en esclaves "échangés" en Afrique contre des marchandises venues d'Europe. Il faut savoir que tous les Noirs du monde entier ont leur origine en Afrique subsaharienne, et que c'est essentiellement la pratique de l'esclavage qui a fait qu'on en retrouve aujourd'hui un peu partout sur la planète. Il est bien évident que le statut d'esclave de ces populations "déplacées" n'a pu qu'alimenter le sentiment de racisme à leur encontre, puisque par définition ils étaient socialement inférieurs. De là à considérer qu'il l'étaient également d'un point de vue ethnique, il n'y avait qu'un pas, franchi allègrement par tout le monde occidental à l'époque.

Malgré l'abolition de l'esclavage, au milieu du 19ème siècle, le sentiment de racisme anti-Noirs a longtemps perduré, sur le continent américain notamment mais pas seulement. Bien que devenus illégaux, les comportements racistes sont encore d'actualité, y compris en France et en Europe. Et pas seulement en rapport avec la couleur de la peau. L'épisode du régime nazi en Allemagne et dans plusieurs pays d''Europe occidentale entre 1933 et 1945 a laissé des traces profondes. Ce régime profondément raciste qui a persécuté notamment les Juifs, avec plusieurs millions de victimes, s'est appuyé sur une vague antisémite qui n'a pas disparu avec la fin de la guerre, mais qui existe encore aujourd'hui.

Parallèlement à ces formes de racisme au sens étymologique du terme, d'autres formes de rejet de "l'autre", de "celui qui est différent", de "l'étranger", sont encore parfaitement d'actualité. Ce comportement se nomme la xénophobie, et se perpétue dans chaque pays à l'encontre des ressortissants des autres nations, voire à l'encontre des habitants de certaines provinces. C'est encore souvent le cas en France à l'égad des Bretons, des Basques, ou encore des Corses, sans que cette liste soit limitative.

Mais ce n'est pas tout : le rejet de l'autre peut se fonder aussi en fonction des pratiques sexuelles, des croyances religieuses, voire de tout autre critère de différenciation objective ou subjective.

Que penser du racisme?

Le racisme, qui ne s'appuie sur aucune réalité scientifique, est une perversion de la pensée, souvent en relation avec une appréhension (peur de l'inconnu) ou un risque (comportement atypique de certains, chômage...).

Les comportements racistes, et par exemple les discriminations, sont interdits par la loi, c'est bien le moins, sévèrement punis au plan pénal, mais au-delà des textes, il convient de les condamner avec énergie tant sur le plan philosophique que dans la vie de tous les jours. Ils sont une gangrène de la vie sociale, et le déshonneur de l'individu qui s'y adonne. L'égalité de droit entre tous les hommes est un principe immuable qu'il convient de défendre bec et ongles. C'est un des aspects de ce qui différencie l'être humain de l'animal. Le raciste est donc, pourrait-on dire, "un animal parmi les hommes". Au plan moral, j'entends.

Et ces comportements passent malheureusement souvent pour anodins. Il convient donc d'être particulièrement vigilant. Le plus petit signe de discrimination est un "doigt dans l'engrenage", et s'en accommoder, le banaliser, conduit inexorablement à excuser ensuite à court ou moyen terme des comportements beaucoup plus graves. C'est un phénomène insidieux et sournois.

Les dérives actuelles de l'antiracisme

Etre antiraciste, ça consiste à lutter contre le racisme, et ne faire aucune différence de droits entre deux individus, sur quelque critère que ce soit : couleur de peau, religion, habitudes sexuelles, nationalité ou tout autre.

Aucune différence, ni dans un sens ni dans l'autre ! La notion de "discrimination positive", très à la mode actuellement, et qui consisterait, si elle était appliquée, à favoriser telle ou telle catégorie de personnes, membres de telle ou telle minorité, est donc en elle-même une (nouvelle) forme de racisme. Favoriser un groupe minoritaire quel qu'il soit, c'est le discriminer. Le racisme aura disparu quand on ne se posera plus la question de savoir à quel groupe particulier appartient tel ou tel. Mais je sais bien que c'est encore une utopie !...

Il en va de même de cette notion de "parité" qui est apparue il y a quelques temps, et par exemple de la parité hommes/femmes dans les partis politiques, sur les listes électorales, à l'antenne à la télévision, aux postes de direction des entreprises, etc.. etc.. Quelle est cette galéjade ? Quelle est cette idée idiote en fonction de laquelle on devrait systématiquement avoir moitié hommes et moitié femmes dans tel ou tel groupe socio-politique, professionnel ou autre ? Pour donner aux femmes les mêmes droits qu'aux hommes ? D'accord sur le principe, mais je veux également les droits des hommes identiques à ceux des femmes. Et ça signifie qu'un homme ne doit pas se voir refuser tel poste au motif qu'il y a déjà 50 % de "mâles" dans le groupe, et qu'il faut maintenant y admettre autant de femmes. Car dès lors, vous discriminez les hommes, chers amis donneurs de leçons ! Ce n'est certes pas la faute des hommes s'il y a moins de candidates que de candidats aux postes de responsabilité, que ce soit dans l'entreprise ou dans le monde politique. Et définir tout autre critère de choix que la qualité intrinsèque de l'individu en fonction du poste proposé est non seulement une hérésie, mais un acte discriminatoire !...

Une autre notion, qui sort quelque peu du champ de cet article, mais pas vraiment : la parité salariale, à poste égal, entre hommes et femmes. L'adage souvent entendu "A travail égal, salaire égal", est, ou devrait être en tous cas, une lapalissade ! Mais je dis bien "à travail égal" et pas "à poste égal". Nuance importante ! Je sais par expérience la différence que peut représenter, à certains postes stratégiques, le fait d'y placer un homme ou d'y placer une femme. Un simple exemple : quand le petit a la fièvre, il est extrêmement rare que ce soit le papa qui reste au domicile pour le garder. Et ce n'est pas tout : d'autres phénomènes biologiques liées à la condition féminine, ce n'est évidemment pas leur faute, entravent de manière considérable, même s'il est politiquement incorrect de le dire, le taux de présence des femmes au travail. Ce n'est pas de l'idéologie, c'est une constatation objective, et l'absentéisme, à poste égal, est en moyenne supérieur de 15 à 20 % chez les femmes par rapport aux hommes. Alors, non, à poste égal, le travail n'est pas égal, et, oui, il est tout à fait normal que le salaire ne le soit pas non plus !..

Conclusion

Pour résumer tout cela en quelques mots :

- le racisme est une tare de la pensée humaine et une gangrène de la société
- les discriminations, qui sont l'une des conséquences les plus courantes du "racisme ordinaire", doivent être combattues non seulement par la loi, mais dans le comportement de chacun au jour le jour
- mais combattre les discriminations, ce n'est pas les remplacer par d'autres à contresens. L'absence de discrimination, c'est l'égalité absolue de droits entre tous les individus. Et l'égalité de droits, ce n'est pas l'égalité de fait : les aptitudes et les possibilités de chacun doivent être prises en compte, en ce qu'elles sont négatives comme en ce qu'elles sont positives, quels que soient l'individu et ses spécificités.

La société ne sera plus raciste quand on ne se posera plus la question de la race. Idem pour les autres critères de discriminations actuels. Malheureusement, il reste un long chemin à parcourir avant d'y parvenir....


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13 février 2008

147 - L'exemple australien

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Mercredi 13 février 2008

Hier, un évènement d'importance venait d'australie. Saurons-nous suivre l'exemple?

«Pour les Aborigènes, c'est comme la chute du mur de Berlin»


Le Premier ministre australien a présenté mercredi ses excuses aux premiers habitants du pays pour les injustices et les mauvais traitements subis pendant deux siècles.

"Pardon": Tant attendu par les Aborigènes et finalement consenti par le gouvernement australien pour les injustices passées, le mot a électrisé la foule rassemblée mercredi devant le Parlement. Blancs ou Noirs, sur les pelouses ou massés devant des écrans géants, ils étaient des milliers à écouter les excuses nationales présentées par le Premier ministre travailliste Kevin Rudd aux premiers habitants du pays pour les injustices et les mauvais traitements subis pendant deux siècles.

Beaucoup d'Aborigènes avaient parcouru des milliers de kilomètres pour se rendre dans la capitale Canberra. En costumes traditionnels et le corps orné de peintures ancestrales, des danseurs se mêlent à des hommes d'affaires ou des étudiants tous présents devant le Parlement.

Certains Aborigènes lèvent le poing, symbole du "Black Power" (pouvoir noir) ou arborent des photos de leur proches qui n'ont pu faire le déplacement.

Et le mot ardemment espéré est enfin prononcé: "Pardon". "Nous demandons pardon pour les lois et les politiques des parlements et gouvernements successifs qui ont infligé une peine, une douleur et une perte profondes à nos compatriotes australiens", déclare M. Rudd, soulevant une grande émotion parmi le public.

"C'est le moment le plus lourd de sens pour notre communauté dont j'ai été témoin au cours de ma vie", confie à l'AFP Darryl Towney.
"Pour nous, c'est comme la chute du mur de Berlin", dit-il. Et bien qu'à son sens, ce pardon officiel arrive "200 ans trop tard", "Rudd l'a fait et cela signifie beaucoup pour le peuple aborigène".

Dans son discours historique, le chef du gouvernement a fait acte de repentance, en particulier pour "la douleur et les souffrances subies" par les "générations volées".

Ce terme désigne des dizaines de milliers d'enfants autochtones retirés de force à leurs familles - de 1910 jusqu'aux années 1970 - pour être placés dans des institutions ou des foyers à des fins d'assimilation.

Andi Kirwin, une étudiante aborigène, accueille d'autant mieux cette contrition nationale que le prédécesseur de Kevin Rudd, le conservateur John Howard, avait mis un point d'honneur à ne pas formuler d'excuses officielles.

"C'est une reconnaissance de ce qui nous est arrivé, cela met fin à des années de déni", explique-t-elle.

Annie Kentwell, une fonctionnaire de Canberra, est aussi venue apporter son soutien et veut y voir les prémices d'une réconciliation nationale durable.

"Pour moi en tant qu'Australienne blanche, ce jour signifie que l'on peut désormais avancer et bâtir des ponts entre les communautés blanches et aborigènes", explique-t-elle.



Lire l'article sur le site de Libération




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