Racisme et Histoire: Le Tabou

La société Francaise souffre d'amnésie. Elle se refuse à reconnaitre les périodes peu glorieuses de son histoire durant lesquelles l'esclavagisme et le colonialisme ont été justifiés par un racisme institutionnel. Ces périodes sont révolues, mais mal assumées, formant ainsi un bon terreau pour permettre au racisme institué à l'époque de survivre sous d'autres formes.

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Marié a une femme noire depuis bientot 20 ans, père d'enfants metis, je suis de plus en plus inquiet face aux non-dits de notre société occidentale. Admettre et reconnaitre notre histoire dans ses composantes les moins glorieuses serait enfin admettre qu'etre Francais, ce n'est plus seulement etre un descendant des gaulois. Nous pourrions rendre leur dignité a celles et ceux qui se sentent exclus.

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30 janvier 2007

95 - Sans mémoire, quel présent?

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Mardi 30 janvier 2007


Ou les effets de l’absence de mémoire sur le monde contemporain



Le billet précédent ayant mis en lumière l’inégalité des efforts de mémoire selon les communautés historiquement victimes, et, disons le, les communautés historiquement coupables, il semble utile d’en constater le résultat sur le monde d’aujourd’hui. Les effets sur deux populations distinctes sont pourtant significatifs.


Commençons par la population dite «de souche», autrement dit les héritiers d’un monde ayant développé une idéologie impérialiste qui se révèle aujourd’hui fortement culpabilisante. Cette population fait preuve d’une profonde méconnaissance des faits historiques relatifs aux faits coloniaux et esclavagistes. Cette méconnaissance s’accompagne d’un rejet à l’évocation du sujet fortement frustrant pour d’évidentes raisons. Cette méconnaissance permet aussi des dérives allant jusqu’au déni, facilement acceptable dans un contexte flou sans bases historiques légitimées par la collectivité et ses institutions, par une communication de masse et appuyées par des experts indiscutables. N’oublions pas non plus les vieux démons racistes encore bien présents dans les esprits qui rendent encore plus insupportable l’évocation de faits humanisant des peuples que l’on préfère regarder comme naturellement sacrifiés. L’Afrique, réservoir malheureux de ces peuples, est entachée d’une image négative associant incompétence, pauvreté, corruption et fatalisme. L’histoire peut se répéter sous de nouvelles formes sans soulever l’indignation de l’opinion publique, la Françafrique peut ainsi pratiquer son néo-colonialisme sans craindre les foudres démocratiques de la majorité du peuple de France.

Mais les temps changent. La population française n’est plus seulement composée du peuple «de souche». Ce qui est non seulement acceptable, mais souhaitable, par les uns, devient insupportable pour les autres. Cette différence de ressenti a bâti de nouvelles frontières sociétales, séparant ce que l’on appelle les communautés. Celles-ci sont d’ailleurs bien plus des communautés de frustrations que des communautés ethniques. Un sentiment d’incompréhension, d’abandon, de mépris, a formé et soudé celles et ceux qui souffrent ensemble de l’amnésie des autres. Et le communautarisme est né. En dehors de ma communauté, je me heurte à l’incompréhension et je souffre. A l’intérieure, les autres partagent ma vision et me réconfortent. Lorsque, en plus de voir ma souffrance niée ou minimisée dans les medias et les discours de masse, je réalise que d’autres bénéficient d’un traitement d’une dignité exemplaire, je les envie, puis je les déteste.

Cette structure en silos qui s’éloignent les uns des autres n’est pas faite pour résoudre quoi que ce soit. Au contraire, elle ne fait que renforcer les stéréotypes et encourager les excès. Aujourd’hui l’extrême droite focalise tous les maux qui nous frappent sur le silo d’en face, qui s’organise en tribu Ka ou en CRAN par réaction. L’agression répond à l’agression, l’exclusion devient le seul réflexe, chacun voit l’autre comme une menace potentielle. Alors, lorsque des petites voix s’élèvent pour proposer des alternatives plus constructives, elles sont immédiatement taxées d’esprits manipulateurs et calculateurs.

Je le dis et le répète, rien de positif ne peut émerger d’une telle scission. Ce n’est qu’ensemble que nous pouvons réhabiliter légitimement une mémoire nécessaire à tous. Comment? Voyons cela dans un prochain billet.



Titophe

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12 Comments:

Anonymous Tenryu said...

Salut Titophe !!

Ca y est, j'ai inscrit ton blog mes signets, donc je passerai de temps en temps te lire.

Mes meilleurs souhaits à to blog, à ta famille et à ta réflexion.

A bientôt, ami du net ;-)

31 janvier, 2007 00:14  
Anonymous zebu32 said...

La situation ne pourra pas avancer tant qu'on considérera les différences comme un danger dont il faut se méfier et non comme une force à laquelle il faut s'unir. Tu as sans doute regardé l'émission de Canal hier soir. Ca avait l'air très instructif... mais je n'ai pas de décodeur. Dommage.

31 janvier, 2007 04:51  
Anonymous elgreco said...

attendons le prochain billet pr entrevoir la porte de sortie de ce labyrinthe ethnique et social!

C'est de la Différence que nait la Richesse!

@++

31 janvier, 2007 08:21  
Blogger Titophe said...

Salut Tenryu, et merci pour ton amitié! Que veux-tu dire par tes signets? Tes "favorites", c'est ca? Nous pourrions aller plus loin et echanger des liens mutuels.

Chère Zébu, je n'ai pas de décodeur canal+ non plus et ignorait qu'une émission pourrait m'intéresser. Peut-être se retrouvera-t-elle sur dailymotion dans quelques temps? Pour ce qui est des différences, je pense qu'elles sont la plupart du temps un leurre qui cache une complémentarité au lieu d'une opposition. Voir ma réponse à Rached ci-dessous.

Bonjour Rached! Oui, vous avez parfaitement raison, la différence est une richesse à condition de ne pas pratiquer de cloisonnement, c'est à dire de mettre en valeur la diversité.

31 janvier, 2007 08:36  
Anonymous Isa said...

Je suis d'accord avec Zebu, la France avait une chance incroyable qu'elle n'a pas su saisir. Elle avait des citoyens de diverses origines et un "réseau" de pays francophones sur lesquels elle aurait pu s'appuyer pour se maintenir au niveau mondial. Au lieu de cela elle a préféré les vieux stérotypes qui font qu'aujourd'hui elle est en perte de vitesse.

Je n'aime pas les communautarismes; je n'ai pas envie qu'un jour je sois obligée en tant que métisse de me définir comme noire ou blanche. Et quand sera-t-il pour mes fils? Blanc, noir, latino?

Le problème avec la France c'est qu'elle n'a de cesse de marteler qu'elle est la patrie de droits de l'homme (alors que ce n'est pas elle qui en a édictée la première les principes) mais évite de dire qu'elle n'arrive pas à s'appliquer à elle-même ces beaux principes.
Une nation digne et fière sait reconnaitre certes ce que son histoire a de meilleur mais aussi et surtout ce qu'elle a de négatif; car c'est en se tournant vers son passé et en l'acceptant que l'on avance. Et le futur du pays se fera avec les citoyens français de toutes origines; certains pourront tenter de ralentir le mouvement mais il est en marche et inéluctable.

31 janvier, 2007 09:55  
Blogger Titophe said...

Bonjour chère Isa. Que dire de plus? Sinon peut-être qu'il ne faut pas céder au fatalisme et qu'il est encore temps de redresser la barre. Ce qui est certain, c'est que cela devra venir d'en bas, si le bas réalise ce qu'ensemble veut dire.

31 janvier, 2007 09:58  
Anonymous Jeannot said...

Salut Titophe,

Je cherche depuis un moment où mettre un commentaire sur ton blog. Et je viens à peine de trouver.

Merci d'être passé me voir à la Caverne. Je reviendrai lire ton blog.

A très bientôt.

Jeannot

01 février, 2007 20:10  
Anonymous Malaïka said...

Bonjour Titophe,

Comme je suis ravie de "rencontrer" votre blog. Les problématiques que vous soulevez sont miennes et je reviendrai souvent. C'est un blog utile !

Bonne continuation

Malaïka

04 février, 2007 14:51  
Blogger Titophe said...

Bonjour Malaïka et bienvenue! J'espère vous recevoir encore souvent!

05 février, 2007 07:18  
Anonymous Malaïka said...

Bonjour Titophe,

Merci d'être passé chez moi ce matin. Comme je le disais ce week-end je trouve ton blog utile parce qu'il offre un regard réfléchi sur des questions compliquées pour certains, douloureuses pour d'autres mais sans aucun doute complexes.
La complexité ne se dénoue pas en faisant jetant un voile pudique sur un passé dont les conséquences existent encore. Parler, comprendre, communiquer, agir pour participer à la guérison de la mémoire, à la pacification des rapports sociaux. Parler assumer et avancer pour décloisonner les communautarismes et vivre la France dans cette diversité qui fait sa richesse et sa beauté. Merci à toi d'ouvrir à cette réflexion là, si utile.
Je serais honorée d'être dans tes liens parce que ton blog est utile et citoyen et j'espère que beaucoup passeront par ici. Pour ce qui est de mon espace si d'un clic ceux qui passent par chez moi pouvaient entrer dans un espace qui ouvre la réflexion aux questions que tu abordes ce serait utile.

Très bonne journée et pensées amicales de Malaïka

Ps :je viens bien de ce pays où tu as passé 2 ans il y a vingt ans. heureuse que le souvenir en demeure inoubliable...

05 février, 2007 11:44  
Blogger Titophe said...

Et bien c'est fait Malaïka, à bientot!

05 février, 2007 11:50  
Anonymous Malaïka said...

Idem Titophe et merci.

A bientôt.

Malaïka

05 février, 2007 12:00  

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