Racisme et Histoire: Le Tabou

La société Francaise souffre d'amnésie. Elle se refuse à reconnaitre les périodes peu glorieuses de son histoire durant lesquelles l'esclavagisme et le colonialisme ont été justifiés par un racisme institutionnel. Ces périodes sont révolues, mais mal assumées, formant ainsi un bon terreau pour permettre au racisme institué à l'époque de survivre sous d'autres formes.

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Marié a une femme noire depuis bientot 20 ans, père d'enfants metis, je suis de plus en plus inquiet face aux non-dits de notre société occidentale. Admettre et reconnaitre notre histoire dans ses composantes les moins glorieuses serait enfin admettre qu'etre Francais, ce n'est plus seulement etre un descendant des gaulois. Nous pourrions rendre leur dignité a celles et ceux qui se sentent exclus.

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01 décembre 2005

8 - Le leurre des différences

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Jeudi 1er Décembre 2005

Se connaître, voila une porte de sortie. Je veux aujourd’hui écrire une note un peu plus personnelle.
Tous ces préjugés, toutes ces idées reçues sont avant tout une forme d’ignorance. La plupart des gens qui contiennent en eux ces sentiments ne connaissent pas de personnes appartenant aux groupes ethniques différents du leur. Il suffit souvent qu’ils fassent une rencontre pour que s’insinuent en eux d’abord le doute, puis la prise de conscience et enfin un changement radical.

Je vais partager avec les lecteurs mon expérience personnelle avec une personne noire que je pense connaître plutôt bien : mon épouse depuis 17 ans.

Nous nous sommes rencontrés au Cameroun dans les années 80 où j’étais donc en situation d’émigré. Je faisais partie des minorités ethniques et avais vite compris que ma couleur était aussi une étiquette, chose nouvelle pour moi. J’étais ainsi en situation de « sensibilité particulière » sur le sujet.

Environ un a deux jours après notre rencontre, je me souviens m’être fait la remarque que je ne la regardais pas comme une personne « noire » ou disons comme appartenant a une catégorie différente de la mienne, mais comme une femme, comme n’importe quelle petite amie que j’avais pu avoir auparavant. Je dirais même que je la regardais comme « la femme » de ma vie, le coup de foudre aidant. Bizarre bizarre… Que s’était-il passé ?
Tout d’abord, j’avais découvert qu’une fois la lumière éteinte, nous n’étions plus un couple « mixte » mais simplement un couple.
Ensuite, bien entendu, notre relation s’est étoffée et ne s’est pas limitée à des joies purement charnelles. Nous avons donc rallumé la lumière. J’ai ainsi découvert une jeune femme tout a fait comparable (en mieux ma chérie, je te l’assure !) a celles que j’avais déjà connues. Mêmes préoccupations, même féminité, mêmes contradictions (aie ! le machisme est aussi une forme de racisme ! je dois faire attention…). Et cela dure depuis 17 ans. J’ai donc rencontré une femme noire pendant quelques heures pour finalement vivre depuis 17 ans avec une femme incolore.

Que s’est-il passé dans mon esprit ? J’ai tout simplement réalisé que mes sentiments étaient ceux qu’un être humain male éprouve pour un être humain femelle lorsqu’il s’agit d’amour. Donc j’étais bien en présence d’un être humain absolument de la même espèce que moi ! Wahoo ! Quelle révélation ! Ou plutôt, quelle prise de conscience, quelle claque ! Mais alors, ces indigènes que l’on nous présente toujours comme des curiosités dans les documentaires mi-animaliers, mi-daktari, seraient tout simplement COMME MOI !? Finalement, j’ai trouvé ça plutôt génial. Pourtant, je n’étais pas au bout de mes surprises… En effet, ayant changé mon regard, il fallais maintenant que j’apprenne a supporter celui des autres…
Ca m’a pris 17 ans…


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14 Comments:

Blogger Jean said...

Votre texte est très émouvant ! il est si vrai !

Votre témoignage peut être élargi à toutes les autres formes de rejet .
Je vais prendre un exemple tout bète :
combien de personnes prétendent ne pas aimer tel ou tel aliment alors qu'ils n'ont jamais goûté ce qu'ils rejetent ?

Combien de fois condamnons nous telle ou telle personne pour nous rendre compte plus tard ,quand nous avons une meilleure connaissance de la situation particulière , que nous avions jugé trop vite , qu'il faut toujours essayer de se mettre à la place de celui qu'on juge mal , essayer de le comprendre dans sa propre situation , dans son propre environnement .
Des articles comme le votre d'aujourd'hui , il devrait y en avoir tous les jours dans la presse , cela aiderait peut être à faire évoluer les mentalités .

Mais je répète ma conviction que les efforts doivent être fait des deux cotés : les Français doivent prendre conscience des torts si graves qu'ils ont eu dans le passé et encore aujourd'hui en enfermant les immigrés dans des guettos ,en refusant de les voir , de les respecter , et les jeunes de banlieue doivent murir et comprendre que ce n'est pas en refusant et détruisant une société qu'ils vont améliorer leur image et en conséquence leur vie .
Les deux parties doivent faire simultanément ces efforts .

Encore bravo pour votre témoignage !!!

01 décembre, 2005 09:02  
Blogger Titophe said...

Encore merci Jean pour votre soutient,

Je vais néanmoins me permettre de vous soumettre un axe de reflexion, ceci en partant d'une de vos phrases:

" les Français doivent prendre conscience des torts si graves qu'ils ont eu dans le passé (...) et les jeunes de banlieue doivent ..."
Cette reflexion concerne le sens que l'on peut mettre derriere cette phrase. En tant qu'enseignant (on l'est toute sa vie, je suis fils d'enseignants et bien placé pour savoir cela), vous etes certainement un habitué de l'explication de texte. Aussi un prof de Francais pourrait poser les questions suivantes a ses eleves en etudiant votre phrase:

Question 1/ L'auteur considere-t-il que les "Francais" sont un groupe "pluriel" ou bien considere-t-il qu'ils representent un groupe particulier de personnes?

Question 2/ D'apres cette phrase, les "jeunes de banlieue" appartiennnent-ils au meme groupe que les "Francais"?

Question 3/ En vous aidant du contexte dans lequel s'inscrit cette phrase, diriez-vous que le terme "Francais" utilisé l'est pour decrire une communauté nationale ou une communauté ethnique (donc signifie "Francais blancs")?

Question 4/ Cette phrase révèle-t-elle une inhibition dans le langage? Laquelle?

C'est avec toute ma sympathie et mon amitié que je vous adresse ce petit exercice. J'espere que vous le prendrez comme tel.

01 décembre, 2005 10:07  
Anonymous Isabelle said...

Bonjour Titophe, et bravo! J'étais moi-même au Cameroun dans les années 80, pendant 5 ans 1/2!!! Ah Douala... merveilleux souvenirs...puis l'Asie, mes enfants d'origine sud-américaine, de couleurs, victimes parfois du délit de sale gueule. J'ai la chance d'être française de souche, blanche, issue d'un milieu plutôt provilégié, et je mesure ma chance, croyez-moi. Je considère donc que cela me donne encore plus de responsabilités. Et en même temps, mon hypothèse est qu'en nous incarnant, nous choisissons un certain chemin de vie...

01 décembre, 2005 10:08  
Blogger Titophe said...

Merci Isabelle!
J'ai passé 2 ans a Yaoundé, à l'Ecole Polytechnique, en tant qu'enseignant VSN. Un souvenir inoubliable, surtout que je ne suis pas revenu sans bagages ;-) !
Je partagerai quelques photos avec vous bientot.

Amicalement,
Titophe

01 décembre, 2005 10:34  
Anonymous Anonyme said...

Bonjour Titophe

Très touchée par vos témoignages

J'ai moi aussi partagé ma vie avec un homme de couleur
(père noir américain qui a laissé une petite normande enceinte en 1944...)
Sa vie a été jalonnée de souffrances, j'en ai beaucoup souffert aussi!

Ce qui est amusant, c'est comme vous dîtes, pour nous ils n'ont pas de couleurs, ils sont comme "les autres" et il est d'autant plus difficile de supporter ces injustices imbéciles!

Aujourd'hui il m'a quitté pour le ciel...mais sa mémoire est toujours là!

01 décembre, 2005 10:57  
Blogger Titophe said...

Bonjour,

Votre témoignage m'intéresse, j'aimerais réfléchir sur l'identité métisse et en faire un billet. Petite question préalable: Vous etes métisse (donc fille de cet homme) ou bien mère de métis (donc femme de cet homme) ?

Merci!

01 décembre, 2005 11:06  
Blogger Jean said...

C'est vrai , vous avez raison , quand on écrit , on est emporté par les idées du moment sans peser comme il conviendrait chaque mot .
Cela montre à quel point nous sommes enfermés dans nos habitudes de pensée , sans penser à les remettre en cause , sans même imaginer qu'il pourrait en être autrement ..
J'ai une circonstance atténuante , du moins à mes yeux , peut être pas aux votres .
J'ai le sentiment que les jeunes qui ont brûlé les voitures , qui ont bien souvent refusé l'école et ses enseignants ,qui ont sifflé la Marseillaise , ne se sentent pas Français .
Je me trompe peut être , mais j'ai l'impression que culturellement et sur le plan religieux , de leur part , il y a un refus d'intégration .
Je me trompe peut être ...j'aimerai être certain de me tromper .
Outre mes habitudes de pensée pas entierement conscientes , cette crainte que beaucoup de jeunes de banlieue refuse notre société , a contribué aux erreurs que vous avez bien relevées .
Mais le point que vous soulevez est il le fond du problème ?
Le plus important , est ce de voir en chaque homme (et femme ) un être à respecter , à aimer , à aider dans son parcours ou est ce de savoir à quelle nationalité il appartient ?
Néanmoins , je vous remercie de m'avoir permis de voir , à quel point j'étais influencé par le milieu .

01 décembre, 2005 13:53  
Blogger Titophe said...

Jean,

Surtout, ne culpabilisez pas! Je comprend en lisant votre blog que vous etes deja grand-pere et je trouve votre ouverture d'esprit remarquable! En effet, vous avez certainement été élevé dans une France encore coloniale, et vous n'etes pas responsable des idées qui vous ont été inculquées. Par contre, avoir votre honnêteté intellectuelle est digne d'éloges.

Je vais maintenant essayer de vous donner une réponse appropriée, tout en regrettant que vous ne l'ayez pas trouvée dans un de mes precedents billets (je pense au billet 6 - Ghettos, banlieues : Le choc des valeurs )

Vous dites: " J'ai le sentiment que les jeunes qui ont brûlé les voitures , qui ont bien souvent refusé l'école et ses enseignants ,qui ont sifflé la Marseillaise , ne se sentent pas Français .
Je me trompe peut être , mais j'ai l'impression que culturellement et sur le plan religieux , de leur part , il y a un refus d'intégration "

Oui, sur les faits, vous avez raison. La ou je ne vous suis pas, c'est que je pense que l'on ne peut pas le leur reprocher. En effet, c'est ici qu'intervient le facteur de motivation. On ne les motivera jamais à s'intégrer tant que l'on refusera de reconnaitre honnetement les erreurs et horreurs passées de nos ancetres blancs. Comment peuvent-ils se sentir Francais si etre Francais veut dire ignorer hypocritement tous les sévices infligés a leur propres ancetres?

Faisons un peu d'empathie:
Immaginez que vous viviez dans un pays autre que la France, disons l'Allemagne, et que ce pays ait dans le passé fait un genocide contre votre peuple d'origine (on pourrait aussi prendre l'exemple de la Turquie et de l'Armenie). Seriez-vous pret a vous sentir Allemand quand meme, meme lorsque votre propre grand-mere a ete torturee ou bien humiliee?

Autre exemple qui demande de faire une parabole: Lorsque l'on parle des "victimes" dans une affaire judiciaire, on a souvent une demande de reconnaissance du prejudice plus que de punition a proprement parler. Les victimes vont mieux pouvoir faire le deuil de leur passé de victimes lorsque une institution, en l'occurence la justice, va officiellement reconnaitre leur statut de victimes. Ces victimes en question vont de nouveau croire en la justice. Nous pouvons faire ici le parallèle avec ces jeunes. Lorsque la France reconnaitra enfin le préjudice qui les rend d'une facon ou d'une autre victimes, et bien ces jeunes croiront de nouveau en la France.

Je veux vous remercier pour vos messages, car en vous repondant je m'apercois que je viens de trouver un sujet tres interessant pour un prochain billet.

Allez, encore une fois Jean soyez fier de vous. Vous etes une personne etonnament ouverte et je suis certain que si tous les Francais partageaient vos valeurs, rien n'aurait brulé dans les banlieues.

01 décembre, 2005 14:14  
Blogger Jean said...

Je vous remercie pour votre gentille réponse .
Mais je crains que vous ayez lu vite ce que j'ai écrit car je n'ai jamais dit le contraire de ce que vous écrivez .

Relisez mes phrases et vous verrez que jamais je n'ai mérité le reproche (gentil mais reproche) que vous me faites .
Je n'ai jamais dit , ni pensé qu'il il fallait leur faire des REPROCHES , cherchez dans mes phrases vous ne le trouverez pas . Par contre ,vous y trouverez que j'ai écrit , et cela correspond bien à ma pensée au sujet des jeunes qui ont brûlé et saccagé :" je me suis souvent interrogé ,me demandant si né dans mes mêmes conditions , dans le même environnement , les mêmes difficultés , je n'aurais pas AGI COMME EUX " Ce n'est pas du mot à mot mais presque .
Bien entendu ,je suis d'accord et je l'ai toujours été au sujet de la motivation ,et de la reconnaissance des fautes des blancs français .
Quand vous parlez de reconnaitre le statut de victime ,relisez ce que j'ai écrit sur l'un de vos messages ,hier , je ne me souviens pas lequel mais en relisant votre blog vous le trouverez: j'écrivais hier que vous aviez d'autant plus raison dans votre article de ce jour là (il me semble que c'est le 26 )qu'à ce moment là vous ne saviez pas encore que l'Assemblée Nationale allait rejeter un projet de loi qui aurait pu favoriser une prise de conscience(précisemment sur les fautes françaises aux colonies ) .Vous voyez , hier ,déjà , par anticipation ,je répondais à votre reproche d'aujourd'hui .
J'ai l'impression de penser exactement comme vous , je ne vois pas ce qui nous sépare .
Ce matin ,vous avez eu raison de relever une erreur de ma part , mais cette fois ci , c'est vous qui n'avez pas bien lu mes textes , pas vu que je pense comme vous .
Je reste très heureux de cet échange de points de vue .
C'est pour moi vraiment agréable , enrichissant ,de défendre ses idées avec une personne qui cherche à être aussi neutre ,aussi réaliste ,aussi franc que vous et qui manie les concepts aussi bien que vous le faites .
J'espère à bientôt .

01 décembre, 2005 15:22  
Blogger Jean said...

Je viens de retrouver la date où je parlais de l'Assemblée Nationale qui avait rejeté ce que vous attendez et -que j'attends -: reconnaitre les fautes , la responsabilité de la France , préalable à toute amélioration de la situation.
C'est sur votre article du 28 sur les ghettos . Relisez ma note et vous verrez que je pense comme vous .

01 décembre, 2005 15:27  
Blogger Titophe said...

Merci beaucoup Jean!
Il est parfois difficile de se limiter a l'ecrit pour communiquer sur des sujets faisant appel aux émotions. Je m'excuse si je vous ai froissé car ce n'étais pas mon intention.
Ceci dit, je vous ai posté un commentaire sur votre blog en vous demandant, si cela est possible, une belle photo qui puisse illustrer l'esprit de ce blog.
Vous m'avez aussi apporté beaucoup par vos commentaires dans les reflexions que j'essaye de mettre par ecrit. Merci pour tout.

Titophe

01 décembre, 2005 16:20  
Anonymous Stef said...

Rien est simple et pourtant !
Je suis passé ce matin et vous avez inspiré ma note d'aujourd'hui car je pense maintenant en musique. Là aussi les intégristes n'aiment pas trop les mélanges.
Continuez ainsi pour nos enfants !
A bientôt

01 décembre, 2005 16:51  
Blogger Jean said...

Etant émotif , ayant du mal à me contrôler ,je comprends ce que vous dîtes .
Je veux bien essayer de faire la photo que vous souhaitez .
Mais j'habite à la campagne , assez loin de Toulouse où je vais rarement .Je vous promets de réfléchir activement à cette photo ,mais pour le moment je ne vois pas .
J'ai bien fait cet été une photo d'une amie vietnamienne en plan très rapproché du visage où l'on voit bien la densité , la profondeur de la personne ...
Mais d'une part ce n'est pas une Africaine , et d'autre part montrer la valeur d'une personne suffirait il?
Il faudrait peut être qu'un symbole participe.
Vos idées seront les bienvenues .
Je vous souhaite , ainsi qu'à votre épouse ,une très bonne fin de journée .

01 décembre, 2005 17:30  
Blogger Francois et fier de l'Être said...

Pour vous aider dans vos réflexions, je pense à la photo d'Anne Gedge où l'on voit des mains noires tendre et tenir un enfant blanc replié comme un grain de café. Cette photo m'a toujours semblé être l'archétype du refus de toutes ségrégations raciales.
Il s'y dégage tant de douceur et de tendresses réciproques.

01 décembre, 2005 18:41  

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