Racisme et Histoire: Le Tabou

La société Francaise souffre d'amnésie. Elle se refuse à reconnaitre les périodes peu glorieuses de son histoire durant lesquelles l'esclavagisme et le colonialisme ont été justifiés par un racisme institutionnel. Ces périodes sont révolues, mais mal assumées, formant ainsi un bon terreau pour permettre au racisme institué à l'époque de survivre sous d'autres formes.

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Marié a une femme noire depuis bientot 20 ans, père d'enfants metis, je suis de plus en plus inquiet face aux non-dits de notre société occidentale. Admettre et reconnaitre notre histoire dans ses composantes les moins glorieuses serait enfin admettre qu'etre Francais, ce n'est plus seulement etre un descendant des gaulois. Nous pourrions rendre leur dignité a celles et ceux qui se sentent exclus.

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25 novembre 2005

5 - Le temps de la reconnaissance

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Vendredi 25 novembre 2005

Que manque-t-il ? Pourquoi le modèle d’intégration français est-il en panne ? Que demandent tous nos nouveaux compatriotes (pas si nouveaux que ça quand même, la plupart sont nés ici…) ?

J’espère avoir partiellement répondu à ces questions dans mes billets précédents :
- Il manque principalement un signe fort de la France.
- Il faut que tous ces gens aient leur place dans la France d’aujourd’hui, et aussi dans celle d’hier.
- Il faut que la France réserve un passé à tous les Français, sans distinction.
- En définitive, il faut que tout jeune ait un passé qui soit les bases de son avenir.


Ceci étant posé, quel signe fort de la France peut satisfaire une telle demande ?
La France doit définitivement tourner le dos à l’hypocrisie. Elle doit enfin avoir le courage de regarder son histoire dans toute sa vérité. Elle doit ensuite l’accepter. Une fois ce travail fait, alors la France aura construit le socle sur lequel se grefferont tous nos compatriotes sans racines. Cette reconnaissance sera le terreau du nouveau peuple.

Bon, tout ça c’est bien joli, ce sont des mots et ça vole un peut haut. En me relisant, c’est ce que je pense de prime abord. J’imagine que d’autres auront la même réaction.

Soyons donc concrets et pragmatiques. Voici quelques propositions qui peuvent faire bien avancer les choses :
- Ce travail doit venir du plus haut sommet de l’état. En effet, c’est ce qui lui donnera sa légitimité ainsi que son retentissement nécessaire.
- Il faut que le message soit clair, sans ambiguïté et parfaitement ciblé
- La reconnaissance publique de la responsabilité de la France dans des crimes d’esclavages doit être une part non négligeable de son histoire telle qu’enseignée aux enfants
- La reconnaissance publique du colonialisme comme étant un fléau, un envahissement et une spoliation de peuples souverains doit être de même relayée dans les livres d’histoire à sa juste mesure.
- La France doit courageusement demander pardon a tous les peuples qu’elle a opprimés dans son histoire. En reconnaissant aussi que nombre des représentants de ces peuples sont maintenant des Français.
- Tout ce travail de reconnaissance doit être abondamment relayé par les politiques dirigeants, par les medias et par l’enseignement
- En parallèle, il est important de soigner la communication afin de déculpabiliser tous les Français blancs de peau. Ils ne sont nullement responsables de l’histoire de leur pays. Ils seraient simplement responsables de se voiler la face ensuite. Voir pour cela mon billet sur la culpabilité.

Une fois ce travail fait, je suis certain que l’écoute changera, qu’enfin l’opinion publique sera prête à entendre un nouveau discours.
Au medias ensuite de prendre le relais et d’enfin nous parler de la société, de la vraie, dans les émissions justement dites « de société ».

Reconnaitre la période coloniale et aussi la période esclavagiste qui l'a précédée comme des périodes criminelles, voir génocidaires, c'est redonner aux populations immigrées issues de ces sévices le statut de victimes.
Lorsqu'il s'agit de défendre le droit des victimes dans le contexte judiciaire, tout le monde s'accorde à dire que la reconnaissance de leur statut est une etape absolument nécessaire pour qu'elles fassent le deuil du prejudice recu et puissent se reconstruire. Je pense qu'il en va de meme dans les affaires historiques. Nos jeunes issus de populations victimes de l'histoire ne pourront jamais se construire dans un pays qui ne reconnait qu'à demi-mots ses crimes passés.


Alors enfin tous ces gens qui se sentaient exclus vont s’intéresser à cette nouvelle société qui les regarde, qui les accepte enfin et qui s’accepte. Ils vont tout simplement la regarder comme leur société, la ou ils sont chez eux, la ou ils sont bien.

Et vous voulez que je fasse un pari ? Ils oublieront qu’une voiture ça peut brûler…



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12 Comments:

Blogger Titophe said...

Un lien a exploiter. Je le pose ici en attendant de voir ce que je peux en faire:
http://www.criec.uqam.ca/colloquememoire/fr/index.htm

25 novembre, 2005 12:03  
Blogger Titophe said...

Voici ci-joint un texte du Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme intitulé La reconnaissance de la responsabilité et les réparations
A mediter aussi...

25 novembre, 2005 13:19  
Anonymous Anonyme said...

Salutation.
Comprend bien le problème. J'habite en banlieue (93).
J'ai un fils de ma compagne chino-mauricienne.
Pour bouger la France, c'est pas soulever des montagnes c'est déplacer la lune.
http://nulmax.blogtrafic.com/

25 novembre, 2005 13:38  
Blogger Titophe said...

Votre fils a quel age?

25 novembre, 2005 14:21  
Anonymous Bernard said...

bonjour,

votre blog est sympa...j'ai adoré votre blague sur l'hotesse de l'air !

je suis moi un antillais d'une trentaine d'année qui vit actuellement aux Etats-Unis...

Mais je suis attentivement l'actualité française...et il est vrai que la France prend un tournant très dangereux : la vérité c'est que les jeunes français d'origine malienne, sénégalaise, marocaine ou turques ne vont pas rentrer dans leur pays (en fait celui de leur parent) : leur avenir et leurs repères sont bel et bien en france.

A partir de ce constat, j'en arrive à la conclusion que l'on a tout intérêt à tout faire pour bien vivre ensemble, pour que toute les composantes de la société française se sentent réellement partie prenante de ce projet républicain (c'est tous les points que vous avez évoqués sur la reconnaissance de l'histoire commune, mais c'est aussi une meilleure représentativité dans la politique, les médias, les postes à responsabilité)...

A titre personnel, quand je vois des gens comme vous, je suis optimiste car force est de consater que dans 15 ans une partie non négligeable de la France sera métissée ou issue d'une descendance non-caucasienne (en fait c'est déjà bien le cas aujourd'hui)...et de ce fait les fachos seront mathématiquement en recul !

Clémentine Célarié, qui a un fils métis, est le signe que notre société avance vers plus de tolérance.

Il est grand temps qu'être français ne soit plus systématiquement vu comme "être descendant des gaulois".

salutations.

Bernard

27 novembre, 2005 11:55  
Blogger Titophe said...

Merci Bernard pour votre message

J'ai pas mal voyagé aux US et ai noté le faible taux de metissage. J'en deduit que c'est le résultat du communautarisme.
Tres souvent, la nouvelle classe politique defend le modèle anglo-saxon en le comparant aux pseudo-echec de l'intégration à la Francaise.

Pour vous qui vivez aux US, comment ressentez-vous ce modèle? Etes-vous aussi enfermé dans une communauté?

Si vous lisez ce message, merci d'avance de votre réponse.

Amicalement,

Titophe

28 novembre, 2005 11:48  
Anonymous Adèle said...

Vous lancez un pari... mais pensez-vous vraiment que nous serons encore vivants pour voir si le pari est gagné???

Personnellement, j'en rêve aussi, mais je ne pense pas que, de notre vivant au moins, la France puisse devenir réellement le pays de la fraternité...

Par contre, j'espère y contribuer, tout comme le fait votre blog...

A bientôt.

06 décembre, 2005 16:54  
Blogger Titophe said...

Merci Adele pour votre generosite

Nous sommes entres de plein pieds dans le siecle de la course et de la precipitation. J'espere que cela nous permettra de voir les choses s'accelerer.

06 décembre, 2005 16:58  
Anonymous Adèle said...

Que d'optimisme!... c'est bien, c'est l'optimisme qui permet de faire bouger les montagnes...
Je dois bien dire que internet est aussi capable du meilleur, c'est encore le média le plus libre, le plus ouvert à tous, et le moins manipulable... et votre blog vous permet sans aucun doute d'accroître la portée de votre message...

Mais beaucoup d'hommes politiques, et la plupart des médias - dont ils se servent - préfèrent maintenir la peur de l'Autre... nous sommes dans le siècle de la course au pouvoir...

07 décembre, 2005 11:10  
Blogger Titophe said...

L'optimisme est parfois un devoir. En tant que père, comment pourrais-je transmettre pessimisme et desespoir a mes filles qui sont tout pour moi?

07 décembre, 2005 11:18  
Anonymous Anonyme said...

Comment d'un cote dire qu'il faut deculpabiliser les francais et que la France demande pardon? Je comprends la bonne intention mais il faut choisir entre ces deux buts incompatibles.
On ne peut pas reprocher aux allemands modernes la Shoah, pas plus que reprocher aux americains le general Custer, ou aux italiens la guerre des gaulles. A mon avis il vaut mieux deculpabiliser que demander des excuses. C'est injuste mais c'est la vie.

Reviser les livres d'histoires sans complexes entierement d'accord. Mais ne pas passer du tout "blanc" au tout "noir" si je puis dire. Le monde est gris.
Pas mal d'idiots ont cru aux theses de Jules Ferry, sans mechancete, et ont accepte que c'etait pour le bien des africains et de la France (quelle naivete criminelle je sais). Mais les problemes raciaux sont souvent dus a la naivete, et c'est pourquoi un peu de cynisme dans l'enseignement des eleves leur apprendrait a prendre la politique (meme bienveillante) avec des pincettes.

Plutot que tout passer sous silence par culpabilite ou controverse, enseigner les bons moments (amitie avec les Hurons et certains indigenes) et les plus mauvais (code noir de Louis XIV, Haiti, les exemples ne manqueront pas).

Si on veut interesser les blancs avec ce genre d'histoire, il faut aussi les mettre au centre de cette histoire. Effets pervers de la colonisation ou de l'esclavage sur les africains d'accord (ca va de soi), mais aussi tres nocifs pour la culture des maitres ou des colons blancs (decheance economique de l'Espagne, corruption morale dans le sud des Etats-Unis).
Il vaut mieux enseigner des petites anecdotes que des grandes formules. Bref, accepter que les etre humains sont imparfaits, et que pour ouvrir les esprits et eduquer il faut etre pragmatique pas dogmatique. Le dogme ca viendra individuellement quand chacun aura eu sa ration de connaissances et d'interrogations.

09 décembre, 2005 03:27  
Anonymous fred972 said...

Je souscris à cet article, mais je crois qu'il convient de le nuancer sur un point : si la colonisation est foncièrement négative (je n'ai jamais prétendu le contraire, même sur BMJ), l'exemple des Antilles françaises montre qu'elle peut avoir ses avantages à condition d'atteindre sa forme ultime d'assimilation (en l'occurence la départementalisation).

Les avantages acquis par mon peuple, qu'ils aient été accordés de bon gré ou suite à d'incessantes luttes, sont patents en termes d'éducation, de santé et d'économie, quand on compare les DFA à leurs voisins indépendants.

Ces avantages ne peuvent bien entendu être accordés que dans la mesure où le colonisateur est plus développé que le colonisé (je n'ai pas dit meilleur). Mais pour devenir un colonisateur, il faut justement être plus développé que le colonisé afin de soutenir l'effort de guerre initial.

Et notez que je n'ai rien contre l'indépendance à condition qu'elle soit bien menée et conduise le pays à la prospérité, mais j'estime que les indépendantistes actuels s'enferment dans un socialisme qui a partout ou presque échoué.
Je préférerais une politique économique libérale qui a fait ses preuves tant dans le monde anglo-saxon que chez les dragons, tigres et autres.

Il faut bien entendu reconnaitre et enseigner le caractère négatif de la colonisation, mais il serait malhonnête de ne pas faire de même pour ses aspects positifs quand elle atteint son degré ultime d'assimilation.

09 décembre, 2005 05:08  

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