Racisme et Histoire: Le Tabou

La société Francaise souffre d'amnésie. Elle se refuse à reconnaitre les périodes peu glorieuses de son histoire durant lesquelles l'esclavagisme et le colonialisme ont été justifiés par un racisme institutionnel. Ces périodes sont révolues, mais mal assumées, formant ainsi un bon terreau pour permettre au racisme institué à l'époque de survivre sous d'autres formes.

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Marié a une femme noire depuis bientot 20 ans, père d'enfants metis, je suis de plus en plus inquiet face aux non-dits de notre société occidentale. Admettre et reconnaitre notre histoire dans ses composantes les moins glorieuses serait enfin admettre qu'etre Francais, ce n'est plus seulement etre un descendant des gaulois. Nous pourrions rendre leur dignité a celles et ceux qui se sentent exclus.

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22 novembre 2005

4 - La culpabilité en héritage

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Mardi 22 novembre 2005

La question fondamentale du discours antiraciste est de définir l’audience de ce discours. Comme l’objectif est de convaincre celles et ceux qui trainent dans leur esprit des relents de racisme, il est important de capter leur intérêt.
J’ai l’impression qu’une des causes majeure du Tabou entourant ce sujet est justement qu’il n’est pas « vendeur ». Pourquoi ? Tout simplement parce-que les gens n’aiment pas entendre ce qui les dérange, ce qui les met mal a l’aise.

Il faut bien comprendre le malaise d’une personne blanche lorsqu’elle assiste au déballage de toutes les horreurs et cruautés qu’ont commis nos ancêtres depuis plusieurs siècles et ce, jusque très récemment. Cette personne va automatiquement ressentir un sentiment de culpabilité, surtout si elle se trouve en face des descendants des victimes des ces atrocités (esclavage, colonisation, coups tordus postcoloniaux). Cette culpabilité s’accompagne d’un sentiment d’injustice car a titre individuel, la personne ne s’est rendu coupable d’aucun de ces méfaits. C’est là le paradoxe.

Il me paraît ainsi nécessaire de déculpabiliser la population blanche afin de la rendre plus disponible à entendre et surtout à accepter ce passé. Les livres d’histoire reflèteront enfin la vérité le jour ou nous saurons l’accepter sans pour autant nous identifier à ceux qui l’on faite.

Apres tout, le plus simple est de donner des exemples concrets. Aussi vais-je me permettre de parler de moi:
Enfant, j’étais un fan de Tintin et étais capable de réciter par cœur nombre de bulles du livre « Tintin au Congo ». J’ai ensuite voyagé et suis tombé de très haut lorsque j’ai découvert la réalité africaine et le décalage par rapport a l’image que je m’en faisais. La rupture la plus évidente avec mon héritage idéologique a bien entendu été la rencontre avec celle qui devait devenir ma femme. Cela fait bien longtemps maintenant, bientôt 20 ans. Nous avons deux filles. La dernière a dernièrement trouvé chez la Grand-Mère mon vieux Tintin. Et nous l’avons lu ensemble. Inutile de vous dire que son regard n’est pas vraiment celui que j’avais a son âge (7 ans). Je l’ai ainsi lu avec un regard neuf, celui d’un homme que la vie a amené à réfléchir sur les thèmes fondamentaux du respect et de l’égalité de tous les hommes.
Ce livre est l’illustration parfaite de notre héritage de pensée. Pourtant, je n’ai aucune raison de culpabiliser et je ne le fais d’ailleurs pas. Reconnaître être passé par cet état d’esprit ne veut absolument pas dire que l’on n’a pas changé. Au contraire, cela aide beaucoup a aider les autres à parcourir le même cheminement intellectuel.

Ceci dit, et j’en terminerai par-là, l’individu est-il responsable de ses idées ? Ne sont-elles pas uniquement du domaine de l’acquis ? Les classer dans l’innée ne revient-il pas à être soi-même raciste ? En définitive, il ne faut pas culpabiliser à titre individuel ce qui relève d’une culpabilité sociétale. Je suis certain que des sociologues sauraient très bien nous parler de ce type de culpabilité (voir la population allemande depuis la dernière guerre). C’est un appel a celles et ceux, blancs de peau, pour qu’ils sachent qu’ils ne sont coupables de rien et qu’ils peuvent, à ce titre, entendre beaucoup plus de choses qu’ils ne le croient sans être indisposés.

Acceptons notre passé dans toutes ses facettes et nous saurons enfin regarder ceux qui nous ont rejoints et nous accompagnent vers un avenir commun.



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14 Comments:

Anonymous David Latapie said...

Excellent billet, puis-je le reprendre (en citant la source) sur mon blog ?

Pour Hergé, il a reconnu n'être jamais allé au Congo belge et avoir juste écrit avec ce qu'il en lisait.

24 novembre, 2005 16:58  
Blogger Titophe said...

Oui, pas de probleme!
Par contre, la suite est encore dans ma tete...

24 novembre, 2005 17:00  
Anonymous David Latapie said...

Merci de ton accord.

Le texte est en ligne (j’ai quelque peu coupé). Tu pourras notifier de la suite dans les commentaires.
La culpabilité en héritage : accepter son passé pour mieux le transcender

25 novembre, 2005 02:09  
Anonymous Gaston said...

Je n'ai pas compris, qui sont "ceux qui nous ont rejoints et nous accompagnent vers un avenir commun" dont il est question ?

26 décembre, 2005 15:58  
Blogger Titophe said...

Bonjour Gaston,

Ce sont ceux qui descendent des peuples colonisés et qui vivent aujourd'hui avec nous. Nous les appelons des émigrés mais pourtant notre avenir se fera ensemble car la société de demain sera celle de tous nos enfants, quels que soient leurs ancetres.

27 décembre, 2005 15:56  
Anonymous Anonyme said...

"C’est un appel a celles et ceux, blancs de peau, pour qu’ils sachent qu’ils ne sont coupables de rien et qu’ils peuvent, à ce titre, entendre beaucoup plus de choses qu’ils ne le croient sans être indisposés."

comme c'est pratique! pffff

30 août, 2006 11:59  
Blogger Titophe said...

Anonymous: pas compris votre commentaire

30 août, 2006 15:08  
Anonymous Malaïka said...

Bonjour Titophe,

J'ai lu ce billet avec beaucoup d'intérêt.

J'ai moi aussi lu Tintin au Congo quand j'étais enfant. Et je me souviens que cette représentation de noir ne me convenait pas. Pour moi ce n'était pas l'image de l'africain, mais du congolais. C'est commode n'est-ce pas ce transfert du mépris. Cette vision paternaliste et méprisante je me la suis appropriée et l'ai transférée sur un autre peuple d'Afrique. C'est nul mais c'est la vérité. Il y a tant de bandes dessinées à l'idéologie suspecte qui circulaient dans les cours d'écoles et faisaient de petit noir l'assisté mais à l'époque je n'étais pas choquée, c'était naturel. C'est ainsi que se construisent des chaines mentales de représentations, de sentiments de supériorité ou d'infériorité. Dois-je avoir honte de la stupidité de mon raisonnement d'alors ? A quoi cela servirait-il ? Mais en avoir conscience me donne une vigilance dans l'appréhension des choses.

Le regard que tu portes via ce billet est intéressant parce qu'il me semble aujourd'hui que la culpabilisation collective n'est pas la chose qui ferait avancer le débat mais la responsabilité que nous avons tous à sonder notre histoire commune, même si elle est blessée pour aller de l'avant. Il est nécessaire de faire face à l'histoire pour construire le présent sinon des enfants à la mémoire blessée par les humiliations et les enfants à la mémoire blessée par la honte seront séparés par des murs infranchissables. Cette France là, nous n'en voulons pas parce qu'elle n'a pas pour vocation d'être "communautarisée" mais d'être une nation qui (ré)concilie ses différences.
Merci pour ce regard.
Désolée pour avoir été longue.

Très bonne journée

Malaïka

05 février, 2007 13:41  
Blogger Titophe said...

Hello Malaïka et encore merci pour tes commentaires constructifs. C'est aussi un bel exemple de synchronicité, vu le billet que j'étais en train de mettre en forme au moment ou tu postais ton commentaire (voir billet du jour numéro 97)
Ce besoin de memoire n'est pas une chasse aux coupables, c'est la recherche d'une humanité retrouvée.

05 février, 2007 14:36  
Anonymous Jean Salim R said...

Nous sommes tous coupables !

Coupables d'indifférences. De silences. De mépris et de violences. Complices d'infamies, de vilénies, et tous réunis dans la même vulgaire association de malfaiteurs prédateurs : Nous tous sommes des comparses associés aux actes des tueurs de vies et des assassins de survies, de tout un continent meurtri !

Non ! Ne renions plus notre Grand Crime contre l'Humanité ! Nous tous profitons sans scrupules des actes de pirateries de ces toutes-puissances matérialistes, dont nous sommes devenus des valets, puisqu'elles nous assurent nos quotidiens, appuient nos suffisances et endorment nos culpabilités, d'êtres soi-disants raisonnables, mais sans aucune sagesse !

Persister de refuser ces terribles réalités rendront fous de regrets nos générations futures : Osons regarder en face, l'étendue infinie de nos pourritures glacées, acceptons enfin de voir défiler sous nos yeux repentis, toutes les figures, de toutes les âmes de tous ces trépassés, que nous avons enfermés dans des tombeaux d'oublis, abandonnés au bord de nos repas d'ogres insatiables, et rejettés dans les profondeurs de notre indicible vanité, d'humains qui se targuent d'appartenir à des cultures développées, prétendument évoluées.

Nous avons pillé et continuons de brigander l'Afrique. De dérober ses fruits. D'incendier ses racines. De ravager ses traditions. Nous avons asservi ses ancêtres, battu ses hommes, violé ses femmes, volé ses enfants, et voilà que nous poursuivons toujours nos basses-oeuvres en toute impunité, plus pitoyables encore que le dernier des derniers des individus misérables.

A quelle sorte de dignité et de respect pouvons nous prétendre sans en rire s'il vous plait ?

Partout où nous sommes passés, nous avons cassé, divisé, brisé, détruit et avili tout ce que nous touchions : Nous avons transformé la paix des plaines en des océans de haines, remplacé la sérénité des siécles en des passions vilaines, et gravement modifié le cours du temps en des brasiers ardents.


Nous, occident bien-pensant. Nous, civilisations éduquées et instruites. Nous, villes de lumières et de progrés. Nous, vils esclaves de profits, bêtes égoïstes et stupides. Nous, arrogants et fiers de nos ignobles dominations économiques et militaires. Nous, indubitables et intangibles dégénérescences de l'espèce humaine, que la Terre peine à porter, à défaut déjà peut être d'avoir à subir la pénitence de nous supporter.


Voyez encore notre incroyable et vaine prétention d'humanitaires désoeuvrés à Abéché au Tchad, hypocrisie cachée sous l'enjoleuse appellation de "children rescue", pourrie de compassion utilitaire, et d'ingérence déplacée. Rappelons nous encore sur notre île aussi la sainte volonté d'aider des filles et des fils, enlevés à l'amour de leurs familles démunies, et exilés loin de leurs coeurs. Ecoutons enfin transpercer dans le noir de nos nuits, les cris perdus de tous ces immigrés éperdus d'espoirs, qui frappent aux portes de nos conforts sans remords, et qui traversent des frontières de peurs, de douleurs, et de malheurs, sans fin autre que celle de désirer profiter juste un peu, de tout ce que nous avons, hier, aujourd'hui, et demain sans frein, retiré de leurs bouches, soutiré de leurs assiettes, et surtout prélevé sur leurs faims.


Lampedusa, Ceuta et Melilla ou Mayotte résonnent comme autant de Gorée contemporaines : Des escales qui sonnent le glas et l'effroi de milliers d'âmes blessées, rabaissées, humiliées et bafouées : Ô combien immense est ma Honte, mais combien plus intense est ma Colère ! Mais de quelle conscience sommes nous dotée pour laisser se perpétrer de telles horreurs ?

Sommes nous véritablement si méprisables pour être aussi abominables ?

Salaam

14 novembre, 2007 16:37  
Blogger Titophe said...

Jean Salim, bonjour.

Votre commentaire n'est-il pas un copier/coller de votre article que vous avez déjà posté sur nombre d'autres blogs?

14 novembre, 2007 16:52  
Anonymous Jean Salim R said...

Bonjour Titophe,

En effet : j'essaie d'interpeller le maximun de consciences humaines, sur nos silences et nos inconséquences de consommateurs, aveugles des détresses dont nous sommes à l'origine.

Par avance, je vous en remercie de ne pas m'en tenir rigueur, et si cette façon d'agir est contraire à l'éthique, je m'en excuse : je crois que l'Humanité doit comprendre enfin que l'heure est venue de renoncer à ses conforts égoïstes, lorsqu'il génére autant de détresses, et je n'ai pas trouvé d'autre moyen de le dire, que dis-je, de le hurler.

Avant qu'il ne soit trop tard, et que les colères accumulées durant ces siècles passées, ne finissent par nous entrainer dans la pire des guerres que notre Terre n'ait jamais connu, et qui je crois, n'annonce, içi et là, sans que nous ne percevions le moindre de ses frémissements.

Bien évidemment, je comprendrais si vous souhaitais supprimer mon post : de nombreux autres sites l'ont déjà fait, à mon grand regret, et mon immense tristesse.

Mais tant pis...

Bien à vous,
Salaam

14 novembre, 2007 18:56  
Anonymous Anonyme said...

J'ai l'impression qu'on se trompe de coupable, l'argent le pouvoir et la connerie n'ont pas de couleur et ce n'est pas l'apanage des blancs.
J'ai dit

02 décembre, 2008 00:21  
Blogger KEMETARI said...

Je trouve ce blog intéressant. J'ai rarement vu un Français de type caucasien appeler un chat un chat en ce qui concerne le racisme en France et non pas chercher mille et une excuses pour continuer à jouer aux autruches. Il y a tant de choses à dire...lorsque je vivais en France j'ai vu et expérimenté tant de choses horribles. Heureusement j'ai pu quitter le pays où tout va bien dans le meilleur des mondes...
Culpabilisation? Je n'ai jamais entendu personne, encore moins un représentant de l’État présenter d'excuses comme on le fait quand on se sent coupable (les Allemands ou les Afrikaners l'ont fait devant leurs faits) …ni même qualifier ces périodes de honteuses comme l'on fait les Américains avec la ségrégation.
Non j'ai surtout vu des gens dans le déni voire la dénégation, l'irrationalité quelques fois mais la provocation et l'insensibilité toujours. Je crois plutôt que certains ont leur orgueil titillé de ne pas avoir le beau rôle, ils ont comme une dissonance cognitive devant l’évocation d’une non gloire, c’est vraiment intéressant comme cas. Beaucoup semblent flanqués d'un complexe de supériorité si profond que tout ce qui a le malheur de les dépeindre autrement qu’en héros est casus belli. Aucun argument fallacieux n’est épargné pour induire que vous dénoncez l’inexistant ou le négligeable…l’inversion victime/bourreau est même le procédé favori. Je ne pense pas que les gens se sentent coupables de quoi que ce soit...mais bon c’est mon impression. C’est plutôt comme s’ils vivent dans un monde imaginaire, une France imaginaire avec une histoire imaginaire (puisqu’elle est soit tordue soit tronquée). Ils créent de vous des personnages imaginaires et s’attendent à ce que vous y correspondiez et quand la réalité bouleverse tout ça BAM ! On devient amnésique, sourd, aveugle, on ne comprend plus rien mais on se sent attaqué… allez savoir pourquoi ?

En 2013 je ne crois pas qu’il faille aider les gens à quitter leurs préjugés. Ils ont suffisamment de preuves les contestant, ils les gardent parcequ’ils le veulent et s’en rassurent… et ça vaut pour tout le monde. Tant que la vérité est niée la réconciliation n’est pas possible. Il vaut mieux se concentrer sur les gens positifs qui aiment la vérité et la simplicité. Ainsi on avance mieux je pense, les autres suivront quand ils le voudront.

24 mars, 2013 13:15  

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