Racisme et Histoire: Le Tabou

La société Francaise souffre d'amnésie. Elle se refuse à reconnaitre les périodes peu glorieuses de son histoire durant lesquelles l'esclavagisme et le colonialisme ont été justifiés par un racisme institutionnel. Ces périodes sont révolues, mais mal assumées, formant ainsi un bon terreau pour permettre au racisme institué à l'époque de survivre sous d'autres formes.

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Marié a une femme noire depuis bientot 20 ans, père d'enfants metis, je suis de plus en plus inquiet face aux non-dits de notre société occidentale. Admettre et reconnaitre notre histoire dans ses composantes les moins glorieuses serait enfin admettre qu'etre Francais, ce n'est plus seulement etre un descendant des gaulois. Nous pourrions rendre leur dignité a celles et ceux qui se sentent exclus.

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13 juillet 2006

55 - Partager le même sentiment national

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Jeudi 13 juillet 2006

Télérama Numéro 2948, une enquête intéressante : «Qu’est-ce qu’être Français?» Je recommande la lecture de ces quelques pages qui observent l’histoire et le présent de nos populations de façon plutôt objective.



La question est bigrement intéressante et aurait déjà du être traitée ici, si j’avais les neurones moins ankylosés.
Dans un souci d’exhaustivité, et parce-que je me sens avant tout citoyen du monde, pourquoi se limiter au sentiment national Français et ne pas tout simplement traiter du sentiment national tout court?

Commençons donc par distinguer 2 types de nations. D’abord celles d’où l’on part, que l’on quitte de façon massive et que l’on appellera nations d’émigration. Ensuite celles qui attirent de façon massive aussi et qui sont les nations d’immigration. Ce schéma simpliste l’est volontairement. La question se pose aujourd’hui car ce flux de population d’un type de nation à l’autre ne s’accompagne pas en parallèle d’un flux de sentiment d’appartenance nationale.

Regardons par la lorgnette «nation réceptrice». Les populations indigènes (finalement on peut dire Français, ca ne change pas grand-chose) ont développé un sentiment national de nature différente au cours des derniers siècles (lire l’article de Télérama) souvent bâti sur une communauté d’ennemis, donc sur une certaine forme de rejet. Ils voient arriver des populations typiques, par leurs différences ethniques et culturelles, de «l’ennemi» sur lequel est partiellement fondé leur sentiment national.
Coté «nation émettrice», les immigrants ont avant tout une bonne raison de quitter leur nation. De façon similaire, ils ont aussi développé un sentiment national mais cela ne suffit pas à les retenir car leur besoin, quasiment toujours économique, les positionne plus bas dans la pyramide de Maslow. Bref, leur objectif est plus de quitter leur point de départ qu’un amour inconsidéré pour leur point d’arrivée.
La résultante de ces 2 regards est ainsi une nation réceptrice qui se métamorphose de fait lorsque l’immigration atteint un certain volume (voir billet sur le speech de JFK). Les autochtones, forts de leur sentiment national initial, cherchent d’abord à retrouver leur passé disparu puis, déçus peut-être, constatent la diminution de leur «patriotisme». Les arrivants, repoussés et exclus développent un sentiment «d’origine» exacerbé qu’ils n’avaient pas au départ et qui, souvent, idéalise leurs racines en occultant les raisons qui les ont poussés à les arracher. Bref, cette nation métamorphosée manque singulièrement d’unité.

Ce constat ainsi maladroitement dressé, que faire pour recréer un réel sentiment national dans cette recomposition? L’objectif est de faire en sorte que chacun, d’où qu’il vienne, se reconnaisse dans cette nouvelle nation de façon unitaire et non communautaire. Il est donc important que cette nation soit matérialisée ou symbolisée par des signes fortement rassembleurs. Mais qu’est-ce qui symbolise le plus une nation si ce n’est sa population et son histoire ? Prenons ces deux facteurs un par un.

La population, fortement hétérogène, doit se rassembler autours de ses points communs qui, lorsqu’on efface un peu les armures de différence, sont les plus nombreux. L’humanité bien que diverse, partage avant tout l'universalité de sa nature humaine. Communiquer et apprendre à se reconnaître derrière le leurre des différences devient une question essentielle pour atteindre cette union. L’ultime aboutissement est que chacun se reconnaisse comme membre du groupe «nation» dans le regard de tous les autres. Cela signifie donc que chacun reconnaisse l’autre comme membre de son propre groupe. L’inclusion annule ainsi le communautarisme.

L’histoire est le terreau du sentiment d’appartenance commune. Comme le disent les historiens, on ne réécrit pas l’histoire. Par contre, on peut choisir dans le marbre du passé les pages constituant le socle d'un avenir meilleur. Celles-ci doivent permettre à chacun de se positionner sans exclusion, sans omission et sans excessive mise en cause de telle ou telle communauté. Point besoin de culpabiliser. Au contraire, placer chacun de manière neutre en simple observateur de ses racines donnera un sens à la situation présente, pourtant si multiple. C’est à la fois le résultat d’une action politique (dans le sens du leadership et de la création d’une vision commune) et d’une action pédagogique.

Bref, pour résumer ce billet un peu confus, notre sentiment national ne sera partagé par tous que si nous savons redéfinir notre nation en fonction de ses réalités et non pas uniquement de ses mythes. Cette convergence de tous vers une abstraction communément partagée permettra une formidable remise en question du racisme par une inclusion qui s’imposera d’elle-même.

Titophe



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8 Comments:

Anonymous EMMA BENJI said...

Texte vraiment tres intéréssent...
je dois lire l'article dont tu parles

Mais je viens de penser a une chose..les personnes qui decident de quitter leur pays pour s'installer en france, sont entre autres attirés par leurs valeurs, leurs "civilisations", l'ordre qui y regne...
Mais par rapport a ce meme sentiment d'appartenace, ces personnes ont besoin de se sentir encore appartenir a leur pays d'origine...du coup ils continuent de se comporter et de faire certaines choses come dans leur pays...
Et je pense qu'au bout d'un moment une confusion se crée au niveau de ce besoin d'appartenance...Car vu qu'ils gardent leurs valeurs d'origine ne se sentenent pas totalment francais...mais vu assi qu'ils changent aussi avec le temps+ l'eloignement n'appartiennent plus tellement a leur pays d'origine.

En revenant a la pyramide de Maslow, et sachant qu'un individu ne pense a satisfaire un besoin supérieur que s'il a satisfait le besoin qui le precede...il y a un risque que le beoin d'estime de soi et d'autoaccomplissement reste insatisfait...et d'ou ce qui se passe actuellement et le sentiment de malaise constant chez les jeunes issus de l'immigration!

Et finalement, scientifiquement, pour que ces jeunes se sentent bien...il faut qu'ils se detachent un peu de leurs cultures d'origines et qu'ils se comportent comme les occidentaux...même pour le choix des prénoms..

Bon je dis peut etre n'importe quoi, mais je crois qu'il y a un peu de vrai... je dois y reflechir encore un peu

14 juillet, 2006 10:36  
Anonymous Isabelle said...

Je suis assez d'accord, Emma. Et en même temps, la pyramide de Maslow est réductrice, en ce sens que l'on peut avoir déjà répondu à certains besoins et cependant regresser, en particulier lorsqu'on se sent en danger. J'utilise aussi pas mal les niveaux logiques (cf blogosapiens, coaching): on ne règle jamais un problème au niveau où il se trouve.
En tous cas, je trouve qu tu ne dis vraiment pas n'importe quoi, ta réflexion est intéressante.
Beau we,
isabelle

14 juillet, 2006 18:08  
Anonymous Anonyme said...

Ce qui me chiffone toujours dans ce genre de recit, c'est l'interpretation systematique suivante :

C'est parce que l'immigre se sent rejete qu'il blablabla.

Mais pourquoi se sent-il rejete ? Parce qu'il n'a plus le droit de faire certaines choses qu'il faisait auparavant dans son pays.
La question est la suivante : puisqu'il accepte de venir dans un nouveau pays afin de retrouver la base de la pyramide de Maslow, alors pourquoi n'accepte-t-il pas toujours de se plier aux regles ? Je trouve que ca serait une sorte de symbiose.

21 juillet, 2006 20:31  
Anonymous EMMA BENJI said...

Je suis d'accord...
mais certains n'ont pas recu la meme éducation que les francais... et en se comportant nomralement font parfois certaines choses qui dernageraient les francais...

Les arabes par exp, ont beaucoup le sens du "voisinage", il est normal de sonner chez le voisin pour emprunter une tomate...
un immigré faisant ca peut etre traité de mauvaise manière...et à force, se sentira un peu bizarre...

22 juillet, 2006 12:15  
Anonymous osmany said...

analyse sociologique très intéressante. Approfondissement du terme "aculturation" peut-être ?

29 juillet, 2006 21:58  
Anonymous Anonyme said...

Je pense qu'aujourd'hui les valeurs telles le nationalisme ou le patriotisme sont extrêmement néfastes car elles renvoient à une "certaine" image de la France. Aussi je vous rejoins lorsque vous parlez de citoyenneté à l'échellon mondial

TheJam

http://thejam.skyblog.com

12 août, 2006 13:01  
Anonymous Mils said...

@TheJam

Justement, quelle image de la France voulez-vous donner ?
Celle d'une Nation forte, homogène, fière d'elle même et prospère ?

Ou bien celle d'un Brésil européen, avec sa société multiethnique donc multiraciste, sa criminalité, sa décadence et son mal-être ?

20 août, 2006 16:11  
Anonymous TheJam said...

@mils

ah d'accord multiethnicité = racisme, criminalité et décadence.. bel amalgame.

donc pour vous c'est chacun chez soi ?


The Jam

22 août, 2006 11:03  

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